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Drogues samedi 11 septembre 2010

L’IRM détecte la cocaïne mélangée au vin

Anton Vos

Mise en bouteilles. Les trafiquants dissolvent jusqu’à 400 grammes de cocaïne par flacon. (AFP)

Mise en bouteilles. Les trafiquants dissolvent jusqu’à 400 grammes de cocaïne par flacon. (AFP)

Grâce à un scanner à résonance magnétique, des chercheurs lausannois ont trouvé le moyen de détecter la présence de stupéfiant dissout dans le vin

Il fallait y penser. Des chercheurs du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont utilisé un scanner IRM (imagerie par résonance magnétique) pour détecter la présence de cocaïne dissoute dans des bouteilles de vin. Du même coup, ils ont découvert une parade efficace à une des dernières stratégies imaginées par les trafiquants de drogue pour passer leur cargaison en douce.

Comme les scientifiques lausannois l’expliquent dans un article à paraître dans la revue Drug Testing and Analysis, l’IRM est un appareil d’usage quotidien dans les hôpitaux. Plus habitué à scanner des corps humains et à en tirer des images spectaculaires, un tel scanner peut également être utilisé comme spectroscope. En d’autres termes, en exploitant les modes vibratoires des atomes d’hydrogène, l’IRM peut effectuer une analyse des substances composant le produit placé en son sein. Et ce sans l’ouvrir ni l’irradier.

Pour le bien de leur étude, les chercheurs ont donc commencé par acheter quelques bouteilles dans un commerce du quartier (du rouge, un blanc doux et un blanc sec). Ils en ont «dopé» quelques-unes puis les ont fait traverser le tube du scanner. Aucune image n’en a résulté, mais une courbe présentant une forêt de pics trahissant la présence de toutes sortes de molécules responsables entre autres des propriétés organoleptiques du breuvage.

«Notre principale inquiétude était que le signal spécifique à la cocaïne soit noyé par ceux des autres composés du vin, notamment de l’alcool, et qu’il soit impossible de le distinguer, explique Silke Grabherr, chercheuse au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) et instigatrice de l’étude. Heureusement, en comparant les résultats obtenus sur du vin contaminé et inaltéré, nous avons découvert une véritable «empreinte digitale» de la cocaïne, bien séparée du reste du signal propre aux composés du vin.»

La technique fonctionne si bien que les scientifiques lausannois ont réussi à détecter des doses aussi faibles que 1 gramme de cocaïne dissoute dans une bouteille de 75cl. Ce qui est largement suffisant, puisque les concentrations de drogue trouvées dans des bouteilles confisquées à la douane sont 80 fois supérieures.

Depuis quelques années, en effet, les gardes-frontière dans plusieurs régions du monde sont de temps en temps confrontés à cette stratégie de contrebande. Même la douane suisse a saisi, au moins une fois, de la cocaïne dissoute dans un liquide mimant l’apparence du vin.

«Ce phénomène existe, mais il est difficile d’en mesurer l’importance, estime Marc Augsburger, toxicologue au CURML et un des auteurs de l’article. Je doute néanmoins que cette stratégie soit la plus prisée pour faire entrer de la cocaïne en Suisse. La drogue dissoute prend beaucoup plus de place que la poudre pure et nécessite un laboratoire, très simple, mais tout de même peu discret, pour l’extraire une fois arrivée à destination.»

Par ailleurs, l’arsenal des mesures visant à détecter les drogues à la frontière est extrêmement fourni, comme le rappelle l’adjudant Michel Bachar, du Corps des gardes-frontière de Genève. Il est actuellement possible de détecter le moindre objet ayant été en contact avec un stupéfiant, grâce notamment à des spectromètres ioniques.

Il n’en reste pas moins que pour s’assurer de la présence de cocaïne dans une bouteille fermée, les douaniers sont obligés de pratiquer des tests qui nécessitent l’ouverture du flacon. Dans le cas d’un camion ou d’un navire transportant des marchandises contenant de la drogue mélangée à des caisses normales, par exemple, cela pose au moins deux problèmes. Comme il n’est pas possible de contrôler un grand nombre de bouteilles, le risque de ne pas trouver la drogue est significatif. De plus, ouvrir des bouteilles, spécialement si elles sont chères, peut s’avérer très coûteux. Il est donc difficile, à l’heure actuelle, de pratiquer une surveillance systématique de ce mode opératoire des trafiquants de drogue. D’où l’intérêt d’une méthode non invasive, permettant un plus grand nombre de tests tout en n’attirant pas l’attention des trafiquants.

C’est d’ailleurs en collaboration avec l’Administration fédérale des douanes que Silke Grabherr a commencé il y a quelques années son étude sur le vin à la cocaïne. Son premier choix a consisté à utiliser un scanner aux rayons X. Son travail, paru dans la revue Forensic Radiology du mois de mai 2008, n’a toutefois pas été concluant. Bien que très performant, un tel scanner n’est en effet capable de détecter qu’une différence d’opacité entre les liquides. Autrement dit, il permet d’affirmer que le vin contient quelque chose, mais sans pouvoir préciser quoi.

C’est alors qu’est venue l’idée de refaire l’expérience, mais avec un IRM cette fois-ci. Un choix qui s’est avéré plus judicieux.

«L’opération qui nous a permis de découvrir de la cocaïne dans une bouteille sans l’ouvrir est rapide et relativement facile, bien qu’il faille un opérateur capable de piloter le scanner, précise Silke Grabherr. Une collaboration entre les douanes et l’hôpital serait dès lors souhaitable en cas d’intérêt. Cela dit, les fabricants mettent actuellement au point de petits IRM destinés à ne scanner que les genoux, par exemple. On peut facilement imaginer qu’un tel engin soit installé dans un aéroport ou un port.»

Par ailleurs, ce qui est possible avec de la cocaïne et du vin, l’est potentiellement aussi avec n’importe quelle substance prohibée mélangée à n’importe quel autre liquide ou aliment solide. Cela demande toutefois d’effectuer des tests sur tous ces produits afin de s’en assurer et de constituer une base de données comprenant tous les spectres propres aux substances recherchées.

La technique de détection de drogues à l’aide de l’IRM bute toutefois sur une limitation: la présence de métal. En raison du fort champ magnétique produit par l’appareil, des objets métalliques peuvent parfois empêcher la mesure. Et il se trouve que cette matière se retrouve parfois dans le capuchon qui recouvre le goulot.

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