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classique vendredi 01 novembre 2013

Emmanuel Pahud, dieu de la flûte

Le flûtiste franco-suisse a envoûté le public, mercredi soir au Victoria Hall de Genève, à l’occasion d’un beau concert donné avec David Greilsammer et le Geneva Camerata.

Emmanuel Pahud a tout pour plaire. Il joue comme un dieu, affiche une grande aisance sur la scène, signe des disques et se fait prendre en photo aux côtés de ses fans à l’entracte, dans le hall principal du Victoria Hall. Le flûtiste franco-suisse avait carte blanche, mercredi soir à Genève, à l’occasion d’un concert donné avec David Greilsammer et le Geneva Camerata.

Grand amoureux de Mozart, le chef israélien, qui a interprété tous ses concertos pour piano la saison dernière, empoigne d’abord l’Ouverture de La Flûte enchantée. Une lecture vive, animée, qui permet d’apprécier les cordes réactives de l’ensemble nouvellement formé par David Greilsammer. Certes, il y a quelques approximations (des attaques pas toujours précises). Les gestes un peu maniérés et surfaits de David Greilsammer rappellent ceux de toute une génération de chefs «baroqueux» (Herreweghe, René Jacobs), dont la technique de direction n’est pas très aboutie. On passe sur ces quelques imprécisions pour apprécier le rebond des cordes, les nuances apportées aux différentes sections de l’Ouverture.

Puis voilà qu’Emmanuel Pahud – qui n’avait pas révélé sa présence parmi les musiciens jusque-là – surgit de l’orchestre pour enchaîner directement avec une série de solos dérivés de La Flûte enchantée. Il s’agit d’une Fantaisie de Robert Fobbes alias Janssens (né en 1939). Soit une sorte de pot-pourri qui aligne les grands airs de Pamina, Papageno, Sarastro (ici la flûte paraît trop aiguë pour un morceau confié à une basse) et la Reine de la Nuit, avec une riche ornementation et des variations.

Le Concerto d’Elliott Carter (une pièce créée en 2008 par Emmanuel Pahud pour les 99 ans du compositeur!) met les musiciens à rude épreuve. Une œuvre aussi exigeante qu’inspirée, où passent les ombres de Bartók (le traitement des cordes), de Debussy et Ravel (textures impressionnistes). Dans un jeu de miroir et de résonances, le soliste – prodigieusement virtuose – entre en dialogue serré avec les musiciens. Les motifs et bribes de motifs surgissent de part et d’autre, dans une belle osmose.

De toute évidence, le courant passe bien entre David Greilsammer et ses musiciens. On l’entend dans la Symphonie No 27 de Haydn, stylée, aux cordes tantôt articulées, tantôt chantantes (jeu en sourdine dans le mouvement central). Ce même esprit transparaît dans le Concerto pour flûte en mi mineur de Benda. Ici, les cordes jouent debout (au lieu d’être assises). Un élan dramatique souffle sur cette œuvre préclassique servie avec fièvre.

Le plus beau? Ce duo entre Emmanuel Pahud et Roy Amotz, flûte solo du Geneva Camerata, dans la «Scène des Champs-Elysées» tirée de l’ Orfeo de Gluck. La délicatesse des sonorités, l’alliage des deux flûtes sur l’accompagnement subtil des cordes est un ravissement.

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