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pétrole samedi 29 janvier 2011

Le géant russe Rosneft s’installe à Genève

Premier producteur de brut en Russie, le groupe étatique - mais dont une partie du capital est cotée à la City - ouvre une antenne de négoce à Genève

Le bras pétrolier de l’Etat russe débarque à Genève. La «major» étatique Rosneft a installé, il y a dix jours, une nouvelle structure de négoce sur l’une des rues les plus prestigieuses de la Cité de Calvin.

Le siège moscovite de ce qui est devenu le premier producteur de brut en Russie – après la reprise en 2007 des actifs de Yukos – ne souhaite pas commenter cette installation. «Le groupe est en phase d’observation, mais il y aura, assez vite des emplois créés», assure cependant un proche du projet genevois.

Raffineries allemandes

Aux yeux d’un négociant exigeant l’anonymat, la logique de cette installation diffère de celle ayant motivé l’arrivée d’autres géants russes, comme Loukoil. Ou comme TNK-BP, qui aurait trouvé des bureaux pour son antenne genevoise, ouvrant d’ici à la fin de l’année. «Cette installation de Rosneft est liée à son rachat de raffineries allemandes du vénézuélien PDVSA; il lui faudra négocier des cargaisons de brut pour ces sites», affirme cet expert. N’ayant «guère d’expérience d’acheteur en Europe», Rosneft viendrait ici «pour apprendre le métier; quitte ensuite à utiliser la structure pour vendre son propre brut extrait en Russie».

Quid de Gunvor?

A terme, ces exportations «maison» remettront-elles en cause le rôle de partenaire commercial privilégié de Rosneft joué par Gunvor, également établi à Genève? «Non, leurs liens, politiques, ne seront pas remis en cause», estime le spécialiste. Contrôlé par un Gennady Timchenko réputé très proche de Vladimir Poutine, Gunvor est devenu en moins d’une décennie le troisième négociant pétrolier au monde. «[Nos] cargaisons sont achetées par le biais d’appels d’offres concurrentiels – en Russie ou ailleurs – et nous ne voyons pas en quoi la présence d’autres structures de négoce affecterait nos activités», écarte un porte-parole de Gunvor.

Exigeant également de ne pas être cité, un autre négociant justifie pourtant l’arrivée de Rosneft par le fait que «le groupe s’attend, à plus long terme, à vendre davantage de pétrole à l’international, dont il voudra assurer une partie du négoce». Une remarque liée au démarrage, cet été, des champs sibériens de Vankor. Ceux-ci renforcent un rythme de production atteignant 2,3 millions de barils par jour – autant que le Venezuela en 2009. Cette thèse fait aussi écho à l’accord stratégique signé mercredi à Davos avec BP, afin de financer l’exploitation des réserves arctiques de la mer de Kara.

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