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nucléaire jeudi 12 avril 2012

Frénésie nucléaire en ex-URSS

La Biélorussie et le Kazakhstan rejoignent le club nucléaire, l’Ukraine relance la construction de centrales et la Russie muscle sa stratégie internationale

Plus d’un an après la catastrophe de Fukushima, les dirigeants des pays de l’ancien «bloc de l’Est» esquivent tranquillement la peur de l’atome. A contrario de l’Allemagne, qui a décidé une fois pour toutes de sortir du club nucléaire, la Biélorussie a lancé au début du mois la construction de sa première centrale nucléaire. A l’issue d’une rencontre entre l’autoritaire Alexandre Loukachenko et le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, le président biélorusse a même indiqué que Minsk allait construire une deuxième centrale nucléaire.

Selon Alexandre Loukachenko, «l’énergie nucléaire est le moyen le plus sûr de produire de l’énergie bon marché». La Biélorussie a pourtant beaucoup souffert de la catastrophe de Tchernobyl en 1986: 70% des rejets radioactifs avaient alors atterri sur son territoire, et 20% de la population vit toujours dans des zones contaminées. Logiquement, Minsk a recours à son grand voisin russe pour la technologie et le financement (90% du projet). La centrale comptera deux réacteurs d’une capacité totale de 2400 mégawatts et coûtera autour de 10 milliards de dollars. Elle entrera en service en 2017.

Malgré Tchernobyl

Le voisin ukrainien n’est pas en reste. Alors que les travaux pour une seconde enceinte de confinement autour du réacteur accidenté de Tchernobyl doivent commencer le 26 avril, avec plusieurs années de retard, Kiev annonce sa volonté de construire de nouveaux réacteurs. Le ministre de l’Energie, Mykyta Konstantynov, estime qu’une nouvelle centrale doit être construite avant 2030, et deux réacteurs supplémentaires doivent remplacer ceux qui arrivent en fin de vie en 2022. Or, un sondage réalisé par l’Institut Gorshenin l’année dernière indique que 66,3% des Ukrainiens estiment que leur pays devrait renoncer à construire de nouvelles centrales. Sept Ukrainiens sur dix, selon le même sondage, craignent qu’un nouvel incident grave ne survienne dans les centrales existantes.

Plus à l’est, au Kazakhstan, le nucléaire redevient intéressant. Ce pays a pourtant subi les conséquences désastreuses des essais atomiques soviétiques en plein air, conduits entre 1959 et 1989, dont les effets ont touché environ un million d’habitants. Le gouvernement avait pourtant, dès son indépendance en 1991, tiré un trait sur le nucléaire militaire et civil. Mais, avec ses 20 000 tonnes d’uranium produites chaque année, la tentation était grande. Le Kazakhstan est déjà un acteur incontournable de l’industrie, avec 35% de parts du marché mondial. Gros producteur de pétrole, Astana songe désormais à construire une centrale nucléaire à la fois à cause d’un déficit domestique de production d’électricité, mais aussi pour exporter davantage de pétrole, qui est utilisé aujourd’hui pour faire tourner les centrales électriques.

Stratégie de la Russie

Au centre du renouveau nucléaire, Moscou travaille d’arrache-pied pour moderniser ses technologies, convaincre de leur sûreté et, au final, exporter ses centrales. La catastrophe de Fukushima a certes refroidi certains acheteurs potentiels, mais pour l’instant la seule conséquence directe fut la fin de l’alliance stratégique que concoctaient le géant industriel allemand Siemens et la corporation d’Etat russe Rosatom. Formé sur l’ancien Ministère de l’énergie atomique, Rosatom comptait sur les technologies avancées de Siemens, mais l’ordre berlinois d’arrêter complètement l’industrie nucléaire a tout paralysé.

Rosatom tente de transformer ce revers en chassant sur les territoires abandonnés par les groupes nucléaires allemands. Les presses russe et britannique ont révélé voici deux semaines que Rosatom envisageait de racheter des parts dans le projet britannique Horizon, jusque-là entre les mains des sociétés allemandes RWE et E.ON. Il s’agit de deux nouvelles centrales nucléaires d’un coût total de 24 milliards de dollars et d’une capacité de 6000 mégawatts. L’incursion en territoire britannique serait un vrai exploit pour Rosatom, qui pour l’instant exporte ses centrales dans des pays politiquement plus proches, comme la Chine, l’Inde, le Vietnam, la Turquie et le Bangladesh. Et, bien sûr, ses anciens satellites du temps de l’URSS.

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