Allemagne, passion solaire

vendredi 25 septembre 2009. Du combat anti-nucléaire au business écologique: des pionniers du solaire ont entraîné l’Allemagne au premier rang mondial de la conversion aux énergies propres. A Fribourg-en-Brisgau, non loin de la frontière suisse, l’un d’eux, Rolf Disch, a révolutionné l’architecture avec ses maisons solaires conçues pour produire plus d’énergie que ses occupants n’en consomment. Reportage dans cette « cité solaire », à moins d’une heure en train de Bâle.
Fribourg-en-Brisgau enregistre un ensoleillement annuel moyen de 1740 heures, contre 2750 heures sur l’arc méditerranéen. Depuis 1980, la ville est un laboratoire des politiques de maîtrise de l’énergie. La concentration d’entreprises, de chercheurs, d’associations et de citoyens engagés en faveur de l’énergie solaire y est plus forte que partout ailleurs. (François Modoux) Quand il militait contre les centrales nucléaires , Rolf Disch voulait absolument proposer des alternatives. Devenu architecte, il s’est obligé à construire en respectant l’environnement sans renoncer au confort ni à l’esthétique. Depuis, il cumule les distinctions pour ses maisons qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Il est devenu le pape de l’architecture solaire. (Keystone) Rolf Disch a d’abord construit une maison expérimentale baptisée «Héliotrope», du nom de la plante qui oriente en permanence ses fleurs vers le soleil. Le cylindre haut de vingt mètres s’oriente face au soleil en pivotant sur un axe. L’architecte habite cette villa aux formes inédites et intégrant un concentré d’innovations technologiques. (François Modoux) L’architecte Rolf Disch a bâti le premier lotissement solaire du monde au sud de Fribourg-en-Brisgau. Locataires ou propriétaires, les habitants bénéficient tous d’un «revenu mensuel énergétique», équivalent au produit de la vente d’électricité excédentaire dans le réseau, laquelle est favorisée par la Loi allemande sur les énergies renouvelables. (Rolf Disch) Rolf Disch a appliqué ses objectifs énergétiques ambitieux à un vaste complexe administratif et commercial, le « Sonnenschiff ». Bureaux et locaux commerciaux occupent le ventre du «bâteau solaire», les places de parc sont abritées dans ses cales ; des logements se dressent comme des cheminées sur le toit-terrasse. (François Modoux) Un logement sur le toit du « Sonnenschiff » offre une surface habitable, sur trois étages, variant entre 110 et 150m2. A chaque logement sont associées deux terrasses, une au sud, une au nord. Le label « Energie Plus » est garanti. L’intérieur est tout boisé. A l’achat, un de ces triplex revient à environ 700.000 francs suisses. (Rolf Disch) Stephan Sattler, avocat spécialisé dans le droit de l’environnement, a installé son étude dans le « Sonnenschiff » et il vit dans une des logements sur le toit. « Tous les habitants du quartier solaire partagent la volonté de faire quelque chose contre le réchauffement climatique. L’ambiance est bonne, c’est une réussite», témoigne-t-il. (François Modoux) «Je ne construis pas des maisons de prestige. Ma mission sociale est le principal moteur de mon travail d’architecte», déclare Rolf Disch. Les maisons solaires du Schlierberg sont typiquement des maisons familiales accessibles à la classe moyenne. Il faut compter 1400 euros, tous compris, pour louer un appartement standard de 4,5 pièces. (François Modoux) Les villas solaires de Rolf Disch existent dans des versions différentes combinant des modules standards. Toutes sont couvertes par un toit solaire intégral dont la surface proéminente, côté sud, garantit une production élevée d’électricité tout en ombrageant les balcons. La chaleur du soleil est récupérée pour chauffer l’eau. (François Modoux) La chute du Mur de Berlin a mis fin à la présence militaire américaine à Fribourg-en-Brisgau, libérant 40 hectares. Le quartier avant-gardiste baptisé Vauban a fleuri là où, jadis, étaient alignées les caserne. Les façades sont bariolés de couleurs vive, la végétation est omniprésente, symbole du respect dû à la nature. (François Modoux) Vauban, où résident plus de 5000 personnes, est une expérience de conversion au développement durable à grande échelle. L’éco-quartier est traversé par un grand axe vert parcouru par un tram. Les vélos sont omniprésents. Piétons et cyclistes ont la priorité. Les voitures sont parquées dans deux silos aux deux extrémités de Vauban. (François Modoux) Pour promouvoir la mobilité douce, Fribourg-en-Brisgau a inauguré en 1999 le complexe « Mobile », adossé à la gare. Le bâtiment circulaire surmonté d’un voile solaire abrite mille places de vélo louées à un coût modeste. Son vélo en sécurité, l’usager se restaure au Café Vélo puis gagne le quai directement par une passerelle. (François Modoux) Les villas solaires de Rolf Disch et l’éco-quartier Vauban attirent les curieux à Fribourg-en-Brisgau. Militant antinucléaire de la première heure, Jürgen Hartwig a participé comme citoyen à la planification de Vauban où il habite. Il organise des visites guidées pour le collectif «Freiburg Futour» : «Les habitants de Vauban prouvent qu’il est possible de réaliser aujourd’hui ce qui était hier une utopie inaccessible. » (François Modoux)