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prison lundi 20 février 2012

Regard critique sur la haute sécurité à Bochuz

Pénitencier de Bochuz. (Keystone)

Pénitencier de Bochuz. (Keystone)

La Commission nationale de prévention de la torture a visité le pénitencier vaudois après la mort de Skander Vogt. Le rapport dénonce l’isolement de longue durée et propose une prise en charge plus adaptée des détenus difficiles

«C’est une moitié de travail. Un bref coup d’œil». La frustration de Jean-Pierre Restellini, le président de la Commission nationale de la torture (CNPT), est perceptible. Ce dernier aurait souhaité, après le décès de Skander Vogt dans une cellule enfumée de Bochuz, procéder à une étude sur les conditions de détention de toutes les personnes qui sont sous le coup d’une mesure d’internement ou de traitement institutionnel. A défaut de disposer des moyens pour une telle enquête, cette structure indépendante, chichement financée par la Confédération, a limité son ambition à une visite des lieux du drame. Son rapport, publié ce lundi, souligne la bonne volonté des autorités en matière d’aménagement tout en relevant que la prise en charge des détenus difficiles reste problématique.

La délégation du CNPT s’est rendue aux Etablissements de la plaine de l’Orbe en avril 2011. Trop tard pour se plonger dans les arcanes de la division de haute sécurité où Skander Vogt a ruminé sa révolte fatale, la destruction de ce quartier vétuste et controversé étant déjà planifiée pour l’été. «Il y avait une seule personne placée en isolement qui était dépeinte comme extrêmement dangereuse. J’ai dû insister pour pouvoir entrer seul et sans que ce détenu soit entravé. Les choses se sont bien passées», raconte Jean-Pierre Restellini, toujours convaincu qu’il vaut mieux favoriser le contact plutôt que de traiter ces prisonniers comme «des bêtes fauves».

La visite du CNPT est aussi intervenue trop tôt pour prendre la mesure du changement annoncé par l’autorité. La mort de Skander Vogt, condamné à une peine de 20 mois mais détenu durant plus de 10 ans, avait révélé au grand jour les effets pervers de l’internement et de l’utilisation prolongée d’un régime de haute sécurité. La commission relève avec satisfaction que la nécessité d’une restructuration de cette division et d’un agrandissement des unités dépendant du service de médecine et psychiatrie pénitentiaires s’est imposée.

La durée de l’isolement, une mesure qui peut durer 6 mois et être reconductible, reste toutefois source d’inquiétude. «La Commission estime qu’il n’est pas acceptable de garder à l’isolement strict pendant des mois des détenus qui s’y trouvent. Les conditions générales actuelles de détention qui frappent ces personnes ne devraient en principe pas durer plus que quelques semaines.» Le rapport ajoute que ce régime spécial – déjà dénoncé lors de la visite de la prison pour femmes de Hindelbank – risque d’aggraver l’état de ces internés souffrant de graves troubles de la personnalité et qui ont justement, en raison de leur pathologie, de la peine à établir des relations normales avec les autres.

Pour la prise en charge de ces détenus, souvent violents, impulsifs, difficilement contrôlables et peu réceptifs au traitement psychiatrique, la Commission recommande une approche de type sociothérapeutique nécessitant la création de petites unités de vie dans lesquelles ces personnes peuvent évoluer au contact des autres, dans un cadre sécurisé et avec des agents de détention spécialement formés.

«Des modèles existent déjà en Suisse», rappelle son président. Il pense bien sûr à La Pâquerette à Genève mais aussi à d’autres structures alémaniques. Annoncée par le canton de Vaud, la création annoncée d’un hôpital en milieu carcéral va dans le bon sens. Le CNPT attend toutefois d’en savoir plus sur ce modèle, sur les critères d’admission et promet de «suivre attentivement la situation de cette catégorie de détenus particulièrement vulnérables».

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