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Europe vendredi 27 avril 2012

La Pologne, tremplin pour les investisseurs chinois

Piotr SmolarEnvoyé spécial à Varsovie Le Monde

Le premier ministre chinois Wen Jiabao a achevé à Varsovie une tournée européenne d’une semaine. Pékin s’intéresse à la partie orientale de l’Union européenne

La Chine poursuit sa politique d’investissements sur le continent européen, malgré la crise des dettes souveraines qui inquiète Pékin. Mercredi, au terme d’une tournée qui l’a déjà conduit en Islande, en Allemagne et en Suède, le premier ministre, Wen Jiabao, a entamé une visite de deux jours en Pologne. Avec son homologue Donald Tusk, il a participé jeudi à un forum Pologne-Europe centrale-Chine, qui traduit l’intérêt grandissant de cette dernière pour la partie orientale de l’Union.

Six cents entreprises chinoises et polonaises étaient présentes au forum. Mais la politique pure n’a pas été ignorée: Wen Jiabao s’est livré à un marathon d’entretiens bilatéraux avec la quinzaine de dirigeants de la région conviés à Varsovie. L’absence de hauts représentants d’Europe occidentale illustre la méthode chinoise, comparable à celle de la Russie: la segmentation des interlocuteurs européens.

Economie au premier plan

Cette visite confirme également une évidence: le statut de pôle régional de la Pologne. Les relations entre les deux pays ont connu une amélioration récente. Malgré la visite de Donald Tusk à Pékin en 2008, c’est la Hongrie qui avait été longtemps privilégiée. Mais, en décembre 2011, la Pologne a obtenu la signature d’un accord de partenariat stratégique. Pour la Chine, ce pays en croissance représente un nouveau camp de base pour pénétrer les marchés européens.

Une date a longtemps imposé une méfiance réciproque: le 4 juin 1989. Ce jour-là, à Pékin, les chars écrasaient la contestation étudiante, place Tiananmen, au moment où, en Pologne, le régime communiste organisait les premières élections législatives pluralistes. L’un faisait la démonstration de son refus de toute ouverture politique; l’autre devenait un éclaireur pour les pays européens pris derrière un «rideau de fer» qui n’en avait plus pour longtemps. Au cours des vingt années qui suivirent, les droits de l’homme furent au cœur de la perception polonaise de la Chine. A Varsovie, le soutien à la cause tibétaine et au dalaï-lama fut particulièrement puissant.

Aujourd’hui, toutefois, la question des échanges économiques est passée au premier plan. Entre 2004 et 2010, les investissements chinois en Europe orientale ont été multipliés par 18. En Pologne, la principale opération a été le rachat des activités civiles du groupe militaro-industriel Huta Stalowa Wola par l’entreprise Liu Gong. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont évidemment déséquilibrés. En 2011, les exportations vers la Chine se sont élevées à 1,3 milliard d’euros, contre… 13,2 milliards d’euros d’importations. Il s’agit d’un retournement spectaculaire: dans les années 1960 à 1980, la Pologne exportait des voitures vers la Chine. Aujour­d’hui, 45% des ventes polonaises sont représentées par un seul produit brut, le cuivre, de la compagnie KGHM.

Un gros échec

Les relations bilatérales ont été marquées récemment par un gros échec. En 2009, le China Overseas Engineering Group (Covec) avait remporté un appel d’offres pour deux portions d’autoroute, de 50 kilomètres, sur l’axe Varsovie-Berlin. L’offre chinoise (330 millions d’euros) était séduisante: deux fois inférieure à la somme prévue par le gouvernement. Mais l’affaire tourna au fiasco politique en mai 2011, lorsque la Covec, faute de liquidités, a interrompu le chantier. Le contrat a été annulé. Un camouflet pour le gouvernement polonais: les axes routiers étaient un dossier prioritaire dans la perspective de l’Euro 2012 de football, que le pays accueillera avec l’Ukraine à partir de juin.

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