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Carla Hilber del Pozzo mardi 11 octobre 2011

Steve Jobs l’homme qui portait bien son nom

Autour de la disparition récente de Steve Jobs, notre chroniqueuse évoque un homme dont l’engagement philanthropique discret a été pointé du doigt, en particulier aux Etats-Unis, un pays où tradition généreuse et exposition médiatique font bon ménage

Tout a été dit, ou presque, sur le génial Steve Jobs, co-fondateur d’Apple. Dans le monde entier, on fait l’éloge de ce visionnaire hors normes, qui a révolutionné notre quotidien à travers les produits Apple, au même titre, selon certains, que le téléphone, la télévision, etc.

L’idée de cette chronique a mûri au fil des semaines, à la lecture d’articles interrogeant la discrétion de Steve Jobs en matière de philanthropie. Dans ce pays aux initiatives philanthropiques sans précédent, Bill Gates s’est engagé - à travers la fondation qui porte son nom et celui de son épouse - à léguer 60 milliards de dollars. Lui emboîtant le pas, Warren Buffett, a décidé d’investir les 85% de sa fortune (estimée à 44 milliards de dollars), en particulier à travers la fondation du couple Gates. Jusqu’à ce qu’il annonce cette décision, des regards insistants s’étaient tournés vers Warren Buffett. Quant à Steve Jobs, il est resté obstinément réservé.

Allant un pas plus loin, en juin 2010, Gates et Buffett lançaient The Giving Pledge, initiative invitant leurs concitoyens les plus fortunés à prendre l’engagement moral - et public - de destiner une grande partie de leur fortune à la philanthropie. S’adressant particulièrement à des milliardaires, un des objectifs de l’initiative est d’inspirer un spectre plus large de philanthropes. A l’instar des fondateurs, de nombreux magnats de tous horizons tels que David Rockefeller, Mark Zuckerberg (Facebook), George Lucas (cinéaste), Jeff Skoll (eBay), ont signé l’engagement public.

A la tête d’une fortune estimée par Forbes à 8 milliards de dollars en 2010, le fait que Jobs ne se rallie pas au mouvement n’est pas passé inaperçu. Pas plus que le fait que, lorsqu’il a repris le contrôle d’Apple – onze ans après sa mise à l’écart - il ait mis en arrêt les programmes de philanthropie d’entreprise. La philanthropie d’entreprise est un domaine complexe qui s’insère dans une stratégie globale.

Sans entrer dans les détails des raisons de ses décisions, le fait que Jobs soit resté discret en matière de philanthropie, par rapport à la médiatisation de ses pairs, signifie-t-il automatiquement qu’il n’ait rien fait à titre privé? Certes non. N’en aurait-il pas fait assez ? Ou pas assez publiquement ? Difficile de juger, tant notre culture imprègne la valeur que l’on accorde à la discrétion.

Bien que ma profession consiste à conseiller des philanthropes et des organisations agissant dans ce domaine, la position de Steve Jobs m’interpelle à plus d’un titre. Avant tout, pour un privé, s’engager en philanthropie devrait être un choix personnel. Que celui-ci puisse être inspiré par des pairs, est une autre question. Culpabiliser n’est pas motiver.

Parmi les nombreuses choses qu’a réalisées Steve Jobs - l’homme qui portait bien son nom - il y a eu celle de créer des… « jobs ». Par dizaines de milliers. Dans le monde entier. Pendant des années. A la tête de sa société, il a également fait la fortune de beaucoup d’investisseurs. Et qui sait si, parmi eux, certains ont transformé les gains en dons ?

Philanthropie et entreprenariat sont des mots qui vont si bien ensemble. Mais s’agissant de contribuer au bien-être collectif, créer du travail respectable, n’est-ce pas une des actions les plus nobles qui soient ? Avec, de surcroît un impact direct, mesurable, en particulier dans le contexte actuel ?

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Femmes en Affaires Les affaires, côté femmes. Elles sont neuf et ont accepté de tenir une chronique pour letemps.ch, publiée tous les mardis. Elles sont actives, souvent à des postes de responsabilité, dans des secteurs aussi différents que le financement de start-up ou la recherche médicale, les ressources humaines, le droit ou la communication, la philanthropie ou la haute technologie. Comment réagissent-elles à l'actualité économique? Quelles sont les tendances qu'elles détectent lors de leurs voyages d'affaires? Retrouvez chaque mardi les chroniques de nos «femmes en affaires».