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Fonds de placement lundi 03 octobre 2011

La Suisse joue une carte décisive

(Dessin original de Simon)

(Dessin original de Simon)

La révision de la loi sur les placements collectifs est en phase de consultation. Elle décidera de la capacité à maintenir sur le territoire suisse ses experts en gestion de fonds de placement

Les modifications réglementaires se succèdent, s’additionnent et s’enrichissent. Mais pour quel résultat? Pour un profond changement des stratégies ou simplement une hausse des coûts? «Lorsque nous interrogeons la direction des banques, il en ressort que leur attention se porte en priorité sur les réglementations. La stratégie arrive ensuite», observe Andrew Leeming, un gérant de fonds sur les banques auprès de Wellington, lors d’une présentation la semaine dernière à Zurich. Tout le monde parle de changement de paradigme et cite les tonnes de nouveaux documents à analyser et remplir. Mais tout le monde peut constater que les modèles d’affaires des banques ne sont pas fondamentalement modifiés. Les banques intégrées restent des banques intégrées. Les discours changent, les risques demeurent. Les banques se contentent d’accroître l’efficacité par des baisses de coûts plus ou moins transversales. Pour le reste, les incitations sont identiques. Même dans la gestion de fonds de placement. Le système rémunère davantage l’augmentation des actifs que la rentabilité à long terme.

Nous pourrions ajouter que l’arbitrage réglementaire n’a pas davantage diminué. La concurrence entre le système juridique des places financières reste vive.

Sur ce point, la Suisse s’apprête à jouer une carte décisive pour l’avenir de l’industrie des fonds de placement. Il s’agit de la révision de la loi sur les placements collectifs (LPCC). Sous l’angle économique, l’enjeu porte sur la localisation d’une industrie qui gère en Suisse plus de 600 milliards de francs.

L’Union européenne a adopté une nouvelle réglementation (dite AIFMD), qui oblige la Suisse à modifier son droit. La révision est en phase de consultation. Mais celle-ci s’est déroulée en catastrophe durant l’été. Le débat est donc extrêmement limité. Les associations faîtières n’ont pas pu effectuer un travail approfondi. Alexandre Col, responsable des fonds de placement de la Banque Privée Edmond de Rothschild, s’est pris de passion pour ce texte et présente au Temps les raisons de son contre-projet. Une initiative en soi assez singulière, qui mérite d’être soutenue. L’objectif est limpide. La Suisse doit être prête et compétitive en 2013.

La Suisse peut bien sûr espérer que l’UE commette un faux pas et lui facilite la tâche, comme elle a su le faire en maintes occasions. Un impôt européen sur les transactions financières, selon les contours qu’il prendrait, serait par exemple apprécié à Londres, en Suisse ou à Singapour. Il pourrait apporter d’utiles flux de capitaux. Mais il est préférable de balayer devant sa porte et rendre notre législation plus souple et concurrentielle. Car un impôt européen ne concernerait pas forcément l’industrie des fonds.

Pendant ce temps, les investisseurs aussi doivent changer de paradigme s’ils veulent s’en sortir. Or l’actuelle période de profondes mutations est une formidable opportunité dans la mesure où, comme l’explique Andrew Leeming, «c’est au moment où les perceptions changent que l’on fait de l’argent». Aujourd’hui le pessimisme bat son plein, dans l’anticipation d’une stagnation de l’économie. Une situation assez fréquente. Au cours des 150 dernières années, le monde a connu 93 périodes de stagnation, les deux tiers dans l’OCDE. Selon une étude de Goldman Sachs, il apparaît que le quart des stagnations a duré plus de 10 ans – la plus longue a frappé l’Inde (1930-1952). Mais chacun sait qu’une phase d’expansion lui succédera et que certaines industries et compagnies sauront en profiter. C’est pourquoi les prochains mois devraient être mis à profit pour investir dans une optique à cinq ans dans des entreprises et des managers de première qualité.

Mais l’investisseur doit modifier sa grille de lecture. Il doit laisser de côté les discours des courtiers fondés sur les perspectives de bénéfices et préférer une sélection basée sur la qualité du bilan.

Les bénéfices futurs sont difficiles à prévoir. Mieux vaut se pencher sur l’analyse du bilan. Pour reprendre Leeming, il faut acheter 50 centimes ce qui vaut 1 franc. En termes financiers, nous dirons qu’il faut sélectionner les titres sur la base de leur valeur intrinsèque (price/book). Ce regard est certes nouveau pour l’investisseur en actions, mais il forme la base de l’analyste en obligations. C’est un travail de bénédictin que d’analyser la valeur intrinsèque et le bilan d’une société, mais il peut éviter bien des drames.

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