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assemblée samedi 01 mai 2010

Credit Suisse essuie une pluie de critiques

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Seuls 66,2% des actionnaires de la banque ont approuvé vendredi le vote consultatif sur les salaires, ce qui constitue un revers pour son conseil d’administration. Hans-Ulrich Doerig promet des «améliorations» dans sa politique de rétribution. La réélection d’Aziz Syriani, l’administrateur qui préside le comité de rémunération, a été la plus contestée

Au Hallenstadion, on a retrouvé vendredi à Zurich une partie des ingrédients qui ont caractérisé l’assemblée générale d’UBS, deux semaines auparavant. Avec une différence importante toutefois: si à la mi-avril les actionnaires de la première banque helvétique s’en étaient pris surtout à l’irresponsabilité des anciens dirigeants d’UBS, ceux de Credit Suisse se sont concentrés sur la seule question des bonus.

Durant plus de quatre heures, Hans-Ulrich Doerig, le président du conseil d’administration, et Brady Dougan, le directeur, ont essuyé une pluie de critiques. «Ayez honte», s’est exclamé René Zeyer, représentant de l’association qui défend les victimes de la faillite de Lehman, à l’adresse de la banque. Et d’appeler la direction à reverser 10% des 3 milliards de bonus supplémentaires perçus en mars par les cadres de Credit Suisse aux clients qui ont perdu de l’argent à cause de produits distribués par la banque helvétique. «Plutôt que de vous acheter un yacht, achetez-vous une bonne conscience», a ajouté l’avocat.

Plus ironique, un intervenant romand a demandé à Brady Dougan s’il avait osé dire à ses parents combien il gagnait réellement!

Malgré un ton ferme, le débat n’a jamais vraiment dérapé vendredi, contrairement à certaines assemblées d’UBS. Les 2394 actionnaires présents vendredi n’étaient pas beaucoup plus nombreux que l’an précédent. Pas de grande pitrerie non plus, excepté celle, très calculée, de Cédric Wermuth. Le président des Jeunes socialistes, déguisé en Père Noël, a délivré ce message aux dirigeants de Credit Suisse. «Si vous croyez que 91 millions de francs est un salaire normal [ndlr: les bonus perçus par Brady Dougan], vous croyez soit au Père Noël, soit aux lapins de Pâques», s’est-il exclamé.

Face à ces critiques, Hans-Ulrich Doerig a surtout réaffirmé qu’il était attentif à la sensibilité des Suisses sur cette question mais que la banque devait aussi veiller à rester compétitive sur le plan international. Même argumentation chez Brady Dougan: «Nous avons tenté de trouver un juste équilibre entre l’octroi de rémunérations compétitives à nos employés et répondre de manière appropriée aux soucis des milieux politiques et du public.» De manière plus surprenante, l’Américain a souligné que «la rémunération n’est pas le seul facteur de motivation pour le personnel».

Après ce débat intense, les deux principaux dirigeants de Credit Suisse se sont montrés visiblement soulagés à la lecture des résultats du vote consultatif sur le rapport de rémunération. Au final, 66,23% des voix représentées ont soutenu la proposition du conseil d’administration. Les opposants (29,16%) et les abstentions (4,61%) ont constitué le tiers des votes restants. Hans-Ulrich Doerig a pris acte du nombre «significatif» de voix opposées à la politique salariale de la banque. Il a promis que la banque veillerait à «améliorer» son système de rémunération.

Ethos satisfaite

Du côté des opposants, la satisfaction prévalait aussi. Dominique Biedermann, le directeur de la fondation Ethos, a souligné qu’obtenir autant de voix contre le rapport de rémunération était un événement à la fois «intéressant et rare» dans un entretien au site Cash. Cela d’autant plus qu’Aziz Syriani, l’administrateur qui préside le comité de rémunérations, n’a été réélu qu’avec seulement deux tiers des voix (68,17%). En comparaison, tous les autres candidats à l’élection ou à la réélection ont obtenu plus de 95% de voix exprimées vendredi. Face à ce résultat, Dominique Biedermann estime qu’Aziz Syriani devrait se retirer du comité de rémunérations de la banque.

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