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Crise mercredi 10 février 2010

«Les élites suisses n’ont pas voulu voir la réalité !»

Propos recueillis par Y. P.

Thomas Held.

Thomas Held.

Les explications de Thomas Held, directeur d’Avenir Suisse

Le Temps: Comparer la Suisse à la RDA, c’est un peu fort, non?
Thomas Held: Je l’admets. Ce que je voulais mettre en évidence, c’est la dynamique de la communication, comme lors de la chute du Mur, qui vous échappe à un certain moment parce que l’on n’a pas fixé d’objectif ni anticipé et réfléchi aux effets de ce que l’on va dire. Une erreur et c’est comme une chute de dominos! Quand on a vu la crise financière et les difficultés avec nos voisins autour du secret bancaire, en 2008 et 2009, il était encore temps d’anticiper. On percevait bien que notre environnement changeait: les «deals» devenaient la règle et plus l’Etat de droit. De nouveaux acteurs sont apparus: les régimes autoritaires, des systèmes opaques et imprévisibles comme les fonds souverains. Les rapports internationaux se sont durcis.

– Qui a manqué d’anticipation? Hans-Rudolf Merz, le Conseil fédéral?

– Ce serait injuste d’attribuer toute la faute à un homme ou au Conseil fédéral. C’est l’ensemble des élites qui en Suisse n’a pas voulu voir ce qui se passait. On n’a pas élaboré de stratégie. Ici en Suisse on pense toujours, comme dit le proverbe allemand, que «l’on ne mange pas le plat aussi chaud qu’il a été cuisiné», que l’on peut toujours échapper au pire.

Plus grave, on a fait une erreur tactique. Il y a deux mois, le secteur financier, croyait que l’on était sorti d’affaire avec le projet d’impôt libératoire. Or, il y avait des divergences profondes à ce sujet entre les banques et les assurances, par exemple. De petites fissures qui peuvent anéantir les chances du projet.

– Pourquoi le Conseil fédéral est-il incapable d’anticiper?

– Le premier problème, c’est la départementalisation à l’excès. Le gouvernement est incapable de parler d’une seule voix à cause des luttes d’influence et des rivalités entre administrations. Il faut un pouvoir central, une présidence forte pour coordonner les différentes positions. Au Conseil fédéral, il y a un manque de confiance et de collégialité.

– Quels remèdes dans l’immédiat?
– Il faut rapidement une stratégie et un plan de communication. Intensifier les contacts au niveau des secrétaires d’Etat et de quelques hauts fonctionnaires chargés de proposer et mettre en œuvre des actions concertées. Cela nécessite de changer les attitudes personnelles à tous les niveaux. Une autre option serait la création d’un état-major indépendant des départements chargé de repérer les risques et de préparer la réaction. Enfin, je songe à un renforcement du pouvoir exécutif en améliorant sa légitimité, notamment face au parlement. Par exemple par l’élection du Conseil fédéral sur une liste présentant des personnalités avec un minimum de cohésion et de programme politique. On ne peut pas en rester au niveau d’une réforme de l’organisation mais aussi inclure un aspect programmatique.

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