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tabac mardi 01 juin 2010

Le cancer du poumon rattrape les femmes suisses

Richard Etienne

(Keystone)

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On a longtemps cru qu’elles étaient moins sujettes au cancer du poumon que les hommes. Une étude française vient de révéler que la mortalité par ce cancer chez les femmes de 40 ans a été multipliée par quatre entre 1984 et 1999. En Suisse aussi les chiffres sont éloquents: le nombre de cas a doublé entre 1983 et 2007

Parmi les fumeurs français, toujours plus de fumeuses, selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire français (BEH) du 31 mai, journée mondiale sans tabac. En Suisse, les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) sont moins nets: en 2008, 30% des hommes et 24% des femmes fumaient, contre respectivement 37% et 30% en 2001. «La part des fumeuses n’augmente pas forcément», note Thomas Beutler, collaborateur scientifique de l’Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT). «A part chez les jeunes.»

Pourtant selon l’organisation suisse le «National Institute for Cancer Epidemiology and Registration» (NICER), le nombre de femmes atteintes du cancer du poumon a doublé entre 1983 et 2007. Christine Bouchardy-Magnin, médecin responsable du Registre genevois des tumeurs, précise: «Les femmes, qui ont tendance à fumer en respirant profondément, développent souvent des adénocarcinomes, une tumeur très dangereuse.» Dans les années 1980, cibles de publicités ventant les cigarettes fines ou parfumées, la libération du sexe faible et profitant de l’absence de lois anti-fumées, elles se sont mises à fumer. «On constate les dégâts vingt ans plus tard dans les hôpitaux», conclut Thomas Beutler.

Comme en France, où, selon le BEH, la mortalité par cancer du poumon chez les femmes de 40 ans a été multipliée par quatre entre 1984 et 1999 alors qu’elle a été divisée par deux chez les hommes. Les fumeuses souffrent davantage d’infarctus du myocarde, d’apoplexie, de maladies cancéreuses et de problèmes respiratoires, de stérilité. Et fumer pendant la grossesse porte atteinte à la santé du nourrisson. «Il a plus de chance de naître avec des poumons moins développés, des douleurs aux oreilles et d’être prématuré», continue Thomas Beutler. Ce qui favorise le risque de décès prématuré.

La loi fédérale sur la protection contre le tabagisme passif est en vigueur depuis le 1er mai 2010. La majorité des cantons ont adopté des lois plus restrictives. Le prix des cigarettes augmente et les zones fumeurs se font rares. Mais pour AT, c’est insuffisant: «La Suisse ne limite guère la publicité et le sponsoring pour les produits du tabac dont les multinationales peuvent pratiquer leur marketing presque sans barrière dans tous les journaux et le soir dans la plupart des cinémas».

La part des fumeurs en Suisse a augmenté dans les années 1990. Depuis, elle diminue. Dans le monde, sur plus d’un milliard de fumeurs, 200 millions sont des femmes, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui prévient que plus de 8 millions de personnes, dont 2,5 millions de femmes, pourraient mourir des suites de la consommation de tabac d’ici à 2030. La plupart de ces décès auraient lieu dans des pays à faibles revenus. Où selon l’OMS les industries de la cigarette visent en priorité la population féminine pour compenser des pertes de marché dans les pays occidentaux. Elles incitent à fumer en prônant la libération de la femme et profitent de la quasi-absence de lois anti-tabac.

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