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conseil fédéral mercredi 10 février 2010

Sept voix en quête d’un cap

(DR)

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Stratégie illisible, communication désordonnée: les attaques sur la place financière montrent les carences du Conseil fédéral par gros temps. Le cas de Hans-Rudolf Merz n’est qu’un révélateur. C’est une réforme de structures qui serait nécessaire. En voici des pistes

«Les déclarations officielles et semi-officielles sur le secret bancaire rappellent l’incohérente conférence de presse de la République démocratique allemande, avec Günter Schabowski, qui a entraîné la chute du Mur et conduit à l’implosion du régime.» La vision apocalyptique de Thomas Held, directeur de la Fondation Avenir Suisse, dans la SonntagsZeitung de ce dimanche, nous annoncerait-elle la fin du secret bancaire et avec lui celle du modèle suisse?

Parfois maladroit dans l’expression, le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz sera-t-il le Günter Schabowski de la Suisse? Celui qui par son bredouillage a précipité la chute d’un régime qui, de toute manière, n’en avait plus pour longtemps?

Il est facile d’accabler le ministre des Finances, même s’il n’a rien dit d’autre que ce que la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, a confirmé vendredi: l’échange automatique d’informations avec nos partenaires européens en échange de l’accès au marché des services de l’UE n’est qu’une piste de réflexion parmi d’autres; le Conseil fédéral n’envisage pas de lâcher le secret bancaire.

Hurler avec les loups permet d’éviter la question institutionnelle, celle que l’on repousse depuis des décennies: l’inadaptation de nos institutions politiques, du Conseil fédéral en particulier, avec les défis d’un monde toujours plus rude, de négociations internationales implacables, de l’instantanéité de la communication.

Depuis dix ans, soit la montée spectaculaire d’une UDC plus radicale, un pied dans l’opposition un autre au pouvoir, le Conseil fédéral souffre d’une absence de cohésion dans ses relations extérieures, d’une communication bricolée et surtout de l’impossibilité de définir un minimum de stratégie. «L’UDC est devenue davantage un instrument de déstabilisation du Conseil fédéral que d’intégration», avance le conseiller national Antonio Hodgers (GE/Verts).

Critiquer le Conseil fédéral évite de parler de la responsabilité de l’économie et des banques qui, comme le remarque un observateur, «sautent sur leur chaise comme des cabris en criant «Rubik, Rubik», comme si l’impôt à la source allait sauver la place financière suisse alors que l’Europe n’en veut pas».

Avenir Suisse, financée par les grandes entreprises du pays, n’a manifestement pas su ou pu sensibiliser les grands dirigeants économiques du pays à la nécessité de s’adapter au nouvel environnement, admet Thomas Held.

Mais dans la crise actuelle du secret bancaire et des informations volées puis vendues à l’Allemagne, le Conseil fédéral reste au cœur de la critique. La ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey l’a admis implicitement l’autre soir à Bâle en relevant qu’«il n’y a aucune stratégie visible. Nous devons nous montrer plus fermes».

«Le problème, ce n’est pas Hans-Rudolf Merz, confirme le conseiller national Andreas Gross (PS/ZH). Le ministre des Finances n’est qu’un révélateur de la crise qui mine tous les piliers de la démocratie, depuis la démocratie directe jusqu’au Conseil fédéral. Il n’y a qu’à considérer comment tout le monde a été surpris du vote en faveur de l’initiative anti-minarets, désavouant le Conseil fédéral. Cette méfiance des citoyens à exposer leurs opinions dans les sondages est révélatrice d’un malaise, comme l’incapacité des partis, pour des raisons économiques, ou de la presse, pour des raisons commerciales notamment, de relayer le débat de fond.»

Les maux du Conseil fédéral sont connus depuis longtemps: trop forte départementalisation, rivalités et concurrence entre administrations, absence de vision politique, tournus trop rapide de la présidence. Le Conseil fédéral administre mais ne gouverne pas, notait le constitutionnaliste Jean-François Aubert dans les années 1970 déjà. «Un organe dépolitisé, gérant des équilibres du pays, mais sans capacité stratégique», résume Antonio Hodgers.

Mais, selon l’ancien ambassadeur et ancien secrétaire général du PDC Raymond Loretan, ce n’est pas une fatalité: «Une question de volonté. Si les ministres le veulent, ils peuvent surmonter les obstacles institutionnels et se donner les moyens de surmonter les crises. Rien n’empêche le Conseil fédéral de se doter d’une cellule stratégique et de communication en attendant une véritable réforme du gouvernement.»

Mais lequel des ministres a envie d’un président fort, élu pour deux ans ou plus, doté d’un cabinet de diplomates et de spécialistes, qui assurerait les relations extérieures et qui lui ferait de l’ombre?

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