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Revue de presse vendredi 04 janvier 2013

Les commentateurs français se déchaînent contre le Russe Depardieu

Gérard Depardieu. (Keystone)

Gérard Depardieu. (Keystone)

La décision du président Poutine d’accorder la nationalité russe à Gérard Depardieu est accueillie avec beaucoup de haine et d’incompréhension

«Si Gérard veut vraiment avoir un permis de séjour ou un passeport russe, c’est une affaire réglée, et de manière positive», avait déclaré au détour d’une conférence de presse en décembre le président Vladimir Poutine. Et c’est même aujourd’hui chose faite, comme nous l’apprend un communiqué du Kremlin: «Vladimir Poutine a signé un décret accordant la citoyenneté russe au Français Gérard Depardieu.»

Est-il utile de préciser que l’information, lâchée jeudi par Moscou (y compris sur Twitter!), a immédiatement enflammé la presse française?

Les plus violents nichent dans le sillage du Nouvel Observateur et de ses satellites: «Gérard Depardieu: Obélix complètement à l’Est», dégaine Jean-Pierre Tronche (le bien nommé) qui poursuit: «Son cœur comme son portefeuille avaient déjà mis le cap sur l’Oural… Et au-delà. […] Un penchant naturel, finalement, pour un acteur souvent à l’ouest (au point qu’un tribunal statuera sur son sort le 8 janvier prochain pour conduite en état d’ivresse) mais qui a plus d’une accointance à l’est.»

Et le journaliste d’épingler avec gourmandise tous les «ménages» que l’acteur a accumulés en Russie et alentour: «La terre promise de Depardieu est vaste. Si ça n’a rien de nouveau chez nous, à l’est, on semble peu regardant sur les manières d’un VIP qui pisse dans les avions, insulte ses confrères de cinéma ou traite une journaliste de «salope» mais qui bouffonne pour les puissants et jamais ne rechigne à faire des ménages, pourvu qu’ils soient grands. Notamment de la pub pour des banques en Ukraine (le Crédit Agricole), en Pologne (Zachodny WBK) ou encore, bien sûr, en Russie (Sovietzky).»

Sur le site Le Plus du Nouvel Observateur, le directeur de la revue Télévision, François Jost, y va plus frontalement pour fustiger la décision et rétamer le comédien: «Je ne sache pas qu’il parle russe, qu’il connaisse particulièrement l’histoire et la culture de ce pays, mais peu importe, un seul claquement de doigts le rend citoyen de ce grand pays. J’imagine la colère, l’insulte même, que peuvent ressentir des immigrés qui servent notre pays depuis plusieurs années. Pour devenir Français, eux doivent prouver qu’ils «aiment» la France, qu’ils connaissent son passé, qu’ils parlent sa langue. Et encore, cela ne suffit pas.»

Bref, pour François Jost, «Jean-Marc Ayrault avait raison: Depardieu est «minable». Le voici donc devenu Russe grâce à l’amitié du peu recommandable maître du Kremlin.»

Toujours sur le site Le Plus du Nouvel Obs, Bruno Roger-Petit, lui, fait mine de s’interroger: «De quoi vont avoir l’air tous les défenseurs de Gérard Depardieu, du cœur de l’UMP, Jean-François Copé, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet à Catherine Deneuve, Brigitte Bardot et la secte Raël en passant par Gad Elmaleh, en constatant que l’acteur en rébellion fiscale se voit offrir asile fiscal et citoyen par Vladimir Poutine?»

En ce qui le concerne, Bruno Roger-Petit tranche à la kalachnikov: «On pouvait penser [de la proposition de Poutine] qu’il s’agissait d’une plaisanterie, d’une saillie drolatique, on constate désormais qu’il n’en était rien. L’anecdote étant tout à la fois ridicule, odieuse, dérisoire, comique et pathétique, on ne sait s’il faut s’en gausser ou la déplorer.»

Sur Atlantico , le site en ligne plutôt à droite, on constate que le feuilleton continue. Et le commentaire d’un lecteur brille par son esprit de représailles asymétriques comme disent les Américains: «Accordons la nationalité française à tous les opposants et journalistes victimes de la dictature russe en guise de représailles, ça lui fera les pieds à Poutine!»

Un titre qui se marre doucement dans l’affaire, c’est L’Humanité qui pique avec sagacité ses banderilles: «Quand les riches fuient en Russie, c’est vraiment comme si l’histoire se mettait à tourner à l’envers.» Et le commentateur de citer cette saillie glanée sur le compte Twitter de Didier Porte: «De mon (bon) temps, les millionnaires quittaient la France par peur de voir les chars russes débarquer en même temps que les socialistes…»

Y aura-t-il quelqu’un, face à la décision russe, pour se lever et défendre Gérard Depardieu, au milieu de cette meute de commentateurs bien décidés à abattre en rase campagne le comédien?

C’est sur Europe 1 et dans la bouche de l’écrivain double national Vladimir Fédorovski qu’on trouvera son miel: «Il faut comprendre que Depardieu est une star en Russie. C’est l’un des acteurs les plus aimés des Russes. Il y a des foules autour de Depardieu. C’est un symbole de la France. C’est un grand ambassadeur de la culture française.»

L’écrivain n’estime pas la décision aberrante. «Les gens peuvent vivre où ils veulent. Il ne faut pas exagérer les choses. Moi je suis d’origine russe et j’ai un passeport français. Je suis l’écrivain russe le plus édité en France. Mais le passeport et le symbole culturel, ça n’a rien à voir.»

Et puis, et puis… il reste l’humour.

Il fleurissait sur Twitter, parmi les milliers de messages qu’a suscités la décision russe:

@arrietadavid1: «Pour expliquer son choix, Depardieu ne parlera qu’en présence de sa vodka.»

@LouisCalvero: «A présent, Depardieu c’est le seul millionnaire russe assez con pour avoir choisi la Belgique au lieu de la Côte d’Azur!»

On avouera néanmoins notre préférence pour le message qui donne le titre de cet article. Il est de @EmmanuelFoulon: «Depardieu fait maintenant partie du tsar système.»

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