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Prévoyance lundi 27 avril 2009

Ne pas désespérer avec les actions!

David Shairp*

Les bourses se sont relevées de tous les krachs. Certes, après une année de chocs successifs, la foi mise dans les actions peut assurément s’émousser. Et l’on a quelque peine à se convaincre que, à long terme, les actions assureront toujours des rendements plus élevés que l’obligataire.

Les bourses se sont relevées de tous les krachs. Certes, après une année de chocs successifs, la foi mise dans les actions peut assurément s’émousser. Et l’on a quelque peine à se convaincre que, à long terme, les actions aient toujours assuré des rendements plus élevés que l’obligataire.

Circonstance aggravante: sur les dix dernières années, de 1998 à 2008, la performance du marché boursier américain, comme tant d’autres, s’avère négative. L’histoire devrait toutefois nous éviter certaines conclusions trop hâtives. Car 1916 et les six années suivantes, de même que la seule année 1974 (chocs pétroliers), ont elles aussi eu un impact négatif sur une décennie entière. Cela n’a pourtant pas empêché les bourses, ensuite, de bondir à des niveaux qu’aucun analyste de l’époque n’aurait même osé imaginer… Il ne s’agit pas d’inciter les investisseurs à se ruer sur les actions mais, plutôt, à intégrer une marée d’informations à court terme dans une perspective à plus long terme.

Pour les actions américaines, depuis 1825, soit sur 183 ans, seules trois années ont connu des chutes de cours supérieures à 30%: 1931, 1937 et 2008. En revanche, la performance des actions a été positive pour 131 années (72% des cas). Cinq années ont même offert des hausses de 40 à 50% (dont 1935), alors que quatre autres affichent des hausses record, supérieures à 50% (dont 1933).

Les années les plus positives suivent souvent les plus négatives. Si l’on considère les huit pires années boursières depuis 183 ans, marquées par des chutes boursières supérieures à 20%, six d’entre elles (soit 75%) ont enregistré un rendement positif l’année suivante. Et quatre d’entre elles (50%) ont même connu une performance dépassant 20%. Cette constatation se vérifie aussi sur les vingt-six années ayant connu une baisse variant de 10 à 20%. Dans 20 cas (ou 77%), l’année suivante a enregistré une performance positive, confirmant ainsi que les chocs boursiers ne doivent pas inciter à désespérer. Sur un siècle, treize des quinze bear markets ont été suivis d’un rallye de 19 mois, en moyenne.

Résultat: sur les 159 dernières années (y compris 2008), en tenant compte de l’inflation, les actions américaines ont délivré une performance annuelle moyenne de 6,2%. Depuis 1926, ce pourcentage atteint même 7% pour les actions européennes.

Plus concrètement, un investisseur qui aurait acheté pour 10 000 dollars d’actions américaines en décembre 1927, donc avant la grande crise, se serait retrouvé avec un portefeuille de 529 275 dollars à fin 2008 (malgré la chute de 37% du S & P enregistrée l’an dernier). Le bilan est donc plus que convaincant.

Mais, attention: si cet épargnant, par attentisme prudent, avait manqué les vingt meilleurs mois de hausse (à savoir 2% de la période considérée), son portefeuille n’aurait alors progressé qu’à 22 470 dollars, ce qui correspondrait à un retour sur investissement de 1% à peine par année. Pire encore, s’il avait manqué les quarante mois les plus performants, il aurait perdu plus de 6300 dollars, son portefeuille ayant baissé à 3’678 dollars.

Il se confirme qu’une philosophie de conservation des titres se révèle singulièrement plus bénéfique pour l’investisseur que toute autre stratégie.

De même, pour ceux qui ont des liquidités disponibles et un certain horizon de temps, il est clair qu’oser acheter après une forte chute des bourses est le meilleur point d’entrée.

Phénomène complémentaire, qui peut intéresser l’éventuel investisseur d’aujourd’hui: aux USA, depuis 1900, seules 12 années ont enregistré une inflation inférieure à zéro. Or, elles ont connu une performance boursière moyenne de 8,3% par année.

Les actions sont-elles vraiment si bon marché? Dans le climat actuel, il est difficile d’évaluer sereinement le potentiel d’une action sur le critère des bénéfices. Par contre, les actifs des entreprises, eux, offrent une base d’appréciation plus convaincante, même à des prix de casse. En l’occurrence, il apparaît – phénomène rare – que la valorisation boursière d’un quart des entreprises anglaises et américaines est actuellement inférieure à leurs actifs. Une proportion qui monte à un tiers pour les entreprises européennes, voire à 75% pour les entreprises japonaises.

A ces niveaux, dès que le marché des crédits retrouvera une certaine sérénité, on peut s’attendre à ce que nombre d’entreprises, dont le niveau d’endettement a rarement été aussi bas, saisissent des opportunités d’acquisitions.

En outre, il y a de formidables liquidités susceptibles d’être investies en actions. Les sept derniers mois ont vu un immense transfert de capitaux vers le monétaire et l’obligataire. Aujourd’hui, en Europe, les avoirs sous gestion des fonds monétaires dépassent ceux des fonds en actions. Les deux dernières fois où cette situation s’est présentée méritent intérêt: le démarrage des bull markets de 1992/93 et 2003.

En soi, cela n’est pas une raison suffisante pour acheter, assurément. Mais, il en est une plus sérieuse, celle du rendement. Le dividende moyen des actions se monte actuellement à 6,3% au Royaume-Uni, à près de 6% en Europe continentale et à 3,5% aux USA. Certes, ces dividendes peuvent encore baisser, mais le rendement restera supérieur à l’obligataire de qualité.

A en juger par les sondages sur les sentiments du public et des investisseurs, l’aversion au risque atteint actuellement des sommets, soulignant un degré de crainte maximale. Or, dans sa lettre annuelle aux investisseurs, Warren Buffett, connu pour avoir un certain sens des marchés, vient de rappeler qu’«on ne peut s’attendre à des rendements attractifs que lorsque le monde des affaires est pessimiste». Dans le même esprit, en octobre, il avait aussi conseillé: «Soyez prudents quand les autres sont avides, mais ayez de l’appétit quand les autres ont peur.» Un conseil que toutes les données historiques évoquées dans cet article semblent effectivement confirmer.

*Stratège global, J.P. Morgan Asset Management.

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