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Panoramique samedi 09 février 2013

Ces images qui reflètent Emmanuelle Antille

La Lausannoise Emmanuelle Antille. (Keystone)

La Lausannoise Emmanuelle Antille. (Keystone)

L’artiste lausannoise a acquis une réputation internationale avec ses installations vidéo et représenté la Suisse à la Biennale de Venise. Au momment où sort son premier long métrage, «Avanti», elle a sorti de ses archives des photos d’art et de cinéma éclairant ses paysages intérieurs

La Vuachère est une petite rivière qui serpente entre Lausanne et Pully. Vu par Emmanuelle Antille, le cours d’eau un peu minable s’élève à la hauteur de l’Orénoque, du Colorado et autres fleuves écumants (photo à droite). Les deux kids qui fouillent l’onde nous renvoient à Sa Majesté des Mouches, aux scouts de la collection Signe de piste, aux Enfants du capitaine Grant, aux grandes vacances de notre enfance…

L’œil de la plasticienne est exercé à déceler la liberté dans les moindres interstices des territoires qu’elle parcourt au gré de ses «balades improbables». Elle a pour programme de cultiver la liberté, «malgré tous les râteaux qu’on se prend». Et ne «jamais renoncer à ses rêves».

Née en 1972, Emmanuelle ­Antille a étudié à l’Ecole supérieure d’art visuel de Genève de 1991 à 1996, avant de rejoindre la Rijksakademie d’Amsterdam. Elle se distingue à travers de nombreuses expositions et participations à des festivals de vidéo (Zurich, New York, Le Caire, Vilnius, Salamanque…). En 2003, elle représente la Suisse à la 50e Biennale de Venise. Elle enseigne à la HEAD (Haute Ecole d’art et de design) de Genève et vient de sortir son premier «vrai» film de ­cinéma, Avanti, avec Hanna Schygulla (LT du 30.01.2013).

Cette artiste internationalement reconnue a commencé par écrire plein d’histoires quand elle était «vachement jeune». Ayant raté son bac pour cause d’école buissonnière, car il y avait hors de l’école plein de choses «plus intéressantes», enfin «complémentaires», nuance-t-elle avec malice, elle s’est rendu compte qu’elle avait toujours envie de raconter des histoires.

Les Beaux-Arts semblent être un très beau terrain de jeu. Mais, comme Emmanuelle Antille ne connaissait aucune femme artiste, elle craint de s’aventurer dans un domaine réservé aux hommes. Pour conjurer ce sentiment, elle se lance d’abord dans des travaux de sculpture plutôt lourds. Aujourd’hui encore, elle savoure la dimension extrêmement physique des tournages. Après sa première installation, à Amsterdam, elle assume son sexe: «Tu es une femme. C’est intéressant de parler de toi.» Elle participe à Global Feminisms, une exposition collective au Musée de Brooklyn réunissant 80 femmes artistes. Elle ne déteste pas que son travail fasse entendre une résonance sociale, qu’il soit intégré à un contexte politique, puisqu’il est porté par un élan émancipatoire.

Comme elle a longtemps fait de la musique, elle intègre cette dimension à ses œuvres. Après ses premières installations sonores, elle reprend les films super-8 tournés par son père et les manipule en boucle avec la complicité de Sylvie et Chérif Défraoui.

Elle «adore organiser les choses, inventer des espaces, recourir au système D pour relever les défis ». Dotée d’un bon esprit de synthèse, elle reconnaît être «nulle en dessin». Cette carence l’empêche de faire des story-boards, mais elle doit absolument voir les scènes. Si elles restent floues, elles sont moins bonnes. La cinéaste les visualise parfaitement, «comme un parallélépipède tournoyant dans le vide ».

Emmanuelle Antille aime les gens et les lieux abandonnés, et les repentirs des peintres qu’elles comparent aux rêves récurrents qui se modifient insensiblement. Elle trouve l’inspiration dans le cinéma de fiction et les documentaires, dans la peinture, dans les livres de photographie qu’elle collectionne - elle mentionne Jeff Wall, Stephen Shore, Gregory Crewdson, des artistes proches du documentaire, sachant rendre «significatifs des paysages insignifiants», et encore dans la musique et la littérature – La Pluie d’été, de Marguerite Duras, les livres de Douglas Coupland ou Bret Easton Ellis. Le cinéma la comble car il lui permet d’approcher d’autres milieux, comme celui des bikers ou des tatoueurs. Elle propose neuf images qui lui ressemblent.

* «Avanti» actuellement au cinéma.

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