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Chine mardi 11 janvier 2011

Robert Gates relance à Pékin un difficile dialogue stratégique

Brice Pedroletti Pékin Le Monde

Le secrétaire américain à la Défense est en visite de trois jours avant le voyage officiel du président chinois Hu Jintao à Washington

Trois ans après son premier déplacement en Chine comme secrétaire américain à la Défense, Robert Gates est à Pékin depuis dimanche pour une visite de trois jours destinée à renouer un dialogue stratégique militaire à haut niveau sans cesse repoussé par les Chinois. Robert Gates, qui avait prévu de se rendre à Pékin en juin, avait alors essuyé une rebuffade de la part de la Chine, le gouvernement chinois ayant jugé les discussions «inopportunes».

Les réticences chinoises avaient été mises sur le compte de représailles à un contrat d’armes américaines à Taïwan de plus de 6 milliards de dollars (4,65 milliards d’euros). Cette fois, l’aménité de Pékin, que certains jugent provisoire, est interprétée comme un signe de bonne volonté avant le voyage officiel du président chinois Hu Jintao à Washington, du 19 au 21 janvier.

Robert Gates, qui se rendra ensuite à Séoul et Tokyo, souhaite promouvoir des liens plus étroits entre les deux armées, et surtout pousser Pékin à plus de transparence sur ses programmes militaires et ses intentions: «Ils ont clairement le potentiel de mettre en danger certaines de nos capacités [militaires]. Et nous devons faire attention à cela, nous devons trouver des réponses appropriées à travers nos propres programmes», a-t-il expliqué aux journalistes qui l’accompagnaient au sujet des capacités stratégiques de l’armée chinoise. «Ce que j’espère, c’est que grâce au dialogue dont je parle, peut-être leurs besoins de certaines capacités [militaires] peuvent-ils être réduits», a-t-il ajouté.

Positions plus dures

Le budget de défense chinois était officiellement de 75 milliards de dollars en 2010, soit moins de dix fois celui des Etats-Unis. Washington considère ce chiffre comme sous-évalué. Il s’agirait donc pour les Etats-Unis de prévenir une course aux armements avec la Chine, alors que quelques jours avant la visite de Robert Gates, l’armée populaire vantait les atouts de son avion furtif, qui n’a réalisé d’essais qu’au sol, et finalise son missile anti-porte-avions.

Le Pacifique Ouest est le principal théâtre de ces jeux d’influence. La Chine y a adopté les positions les plus dures, notamment vis-à-vis du Japon, mais aussi sur le dossier des territoires disputés avec d’autres pays asiatiques en mer de Chine du Sud. L’invitation américaine à plus de transparence reste néanmoins suspecte aux yeux des Chinois: «Le fait est que la Chine a une question à poser: quelles sont donc les intentions stratégiques des Etats-Unis à vouloir maintenir leur supériorité militaire absolue dans le Pacifique Ouest?» interroge ainsi un éditorial du quotidien chinois nationaliste Global Times.

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