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Festival de cannes mercredi 11 mai 2011

Quand Twitter fait son cinéma

Samuel Dixneuf

Avec Google, faire semblant d’être à Cannes! (capture d’écran)

Avec Google, faire semblant d’être à Cannes! (capture d’écran)

Cannes, c’est The place to be, en tout cas pendant son fameux festival. Un lieu commun et mondain que des accros du réseau social ont mis à mal ce matin. Avec humour et une bonne dose d’ironie

6h45. Jeune journaliste consciencieux raccord avec l’époque, je me réveille en sursaut. Le jour est aussi pâle que mon visage fatigué. Désagréable sensation d’avoir manqué un truc. Où suis-je? Hier soir, de brefs accès de bonheur, ce bouillonnement d’idées devant l’infinie matrice. Rapide recherche frénétique, affolée presque. Je retrouve mon laptop dans un coin du lit, coincé sous ma compagne. Check. Elle gémit un peu lorsque j’agrippe mon bien, se rabat sur sa tablette et se rendort paisiblement. Une lueur douce enveloppe mon coin de monde: wake up ready to write down the Next Great Idea in the middle of the night, and get blinded by your computer screen? Not for me. J’ai f.lux™ mon pote. Coup d’œil en haut à droite de l’écran avant réinitialisation. 2h37. Heure probable de ma dernière perte de conscience. Je n’ai raté que 4 heures et 8 minutes de flux. Tout va bien.

Je lance les 15 colonnes du Deck. Déjà des messages clignotent. Journalistes parisiens matinaux ou confrères new-yorkais dont la journée s’achève. Bob Marley est mort, à moins que ce ne soit Mitterrand qui renaît de ses cendres.

Les dépêches manquées la veille tombent, le style en plus.

Puis soudain, je réalise. 11 mai 2011. Mitterrand, Marley, la Porsche de DSK, les quotas de la FFF, je m’en fous. Aujourd’hui, c’est l’ouverture du FIF. Le 64e Festival de Cannes quoi. L’événement pour lequel tu vendrais ta mère pour une accréditation, tu vois. Enfin, pas moi, hein. Moi, on m’a invité. Comme chaque année. J’ai décliné, comme toujours. Et j’ai eu raison. Cannes, c’est surfait tu sais et, du fond de ton lit-twitto, tu peux ironiser en toute impunité sur la fatuité de tes confrères accrédités.

Matteu (sic) Maestracci, «journaliste sportif à France Info, Corse, père de jumelles, comique raté, enfant gâté», ouvre le bal

Les beaux gosses lève-tard s’amènent alors gentiment.

Je suis en train de me rendormir en fait, alors je ne fais pas trop attention à ce premier signal. Mais le «Rédac chef paranoïaque au Tag Parfait, le magazine de la culture porn» renchérit à coup de twitpics:

En guise de palmiers, une plante verte poussiéreuse adossée à un radiateur. Je tilte toujours pas.

Peu après, c’est Vincent Glad, ex-Slate.fr, qui s’y met:

La twittosphère s’agite. Dans sa précipitation, @desgonzo publie une twitpic de sa carte gold avant de la remplacer fissa par une carte Monop’. #Fail. Le ton devient potache et ironique. Les twitpics publiées par plusieurs journalistes embedded sont en fait des captures d’écran de Googlemap:

On trouve même une image d’archive et cette légende: «Sur la Croisette depuis ce matin, le temps est magnifique, mais ambiance assez calme pour l’instant.» Certains, pourtant chevronnés, ne comprennent pas tout de suite:

Pourtant, les accréditations fantaisistes circulent sous le manteau:

Maintenant, c’est clair. Tout ce petit monde n’est pas à Cannes et, comme moi, pianote sur son laptop ou son smartphone. Pourtant, même dans l’univers virtuel, la jalousie n’est jamais loin:

Il me reste quelques neurones avant de me rendormir. Je tente cette explication verbeuse: au royaume de l’image et de la représentation, ce métadiscours sur la présence égratigne gentiment l’ego des journalistes et la vanité des mondanités. N’est-ce pas?

De toute façon, puisqu’on vous dit que Cannes, c’est nul:

Même ceux qui vont aux projections s’ennuient:

Tout ça pour ça? Le jour s’est levé, il est temps de me rendormir quelques instants avant de recommencer mon petit cinéma. Sur Twitter, évidemment.

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