Texte - +
Imprimer
Paléontologie jeudi 10 octobre 2013

Sur les traces des dinosaures

Traces sous verre dans la cour du Centre professionnel de Porrentruy. (Stéphane Schmutz)

Traces sous verre dans la cour du Centre professionnel de Porrentruy. (Stéphane Schmutz)

Le Jura veut mettre en valeur ses milliers d’empreintes de sauropodes. Alliant science, pédagogie et loisirs, le programme «Jurassica» sera articulé autour d’un musée à Porrentruy

En 2002, les premières traces de dinosaures étaient découvertes dans le sous-sol de l’Ajoie, près de Porrentruy, sur le tracé de la future autoroute Transjurane. En une décennie, 13 500 empreintes vieilles de 152 millions d’années ont été étudiées, analysées et inscrites dans des centaines de pistes, principalement de sauropodes. Sans compter les 43 000 fossiles recensés, 90 carapaces de tortues, 3 squelettes de crocodiles, 2500 restes de mammifères. Un «trésor inestimable», s’enflamme Arlette Emch, ancienne membre de la direction de Swatch Group, Jurassienne d’origine, directrice de la Fondation Jules Thurmann.

Un trésor «d’importance mondiale», certifient des experts américains dont Martin Lockley (LT du 03.09.2010), référence en la matière, que le Jura entend mettre en valeur (LT du 14.08.2012). Un exercice délicat, coûteux, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et de salive, confié par le canton à la Fondation Jules Thurmann, du nom du père de la géologie jurassique (1804-1955).

Après avoir tâtonné lorsque le programme s’appelait PaléoJura, la fondation dirigée par Arlette Emch a décidé d’entrer dans le concret, en changeant d’appellation pour passer à Jurassica, «qui a une connotation plus large, moins liée aux seuls dinosaures».

Le programme entend séduire plusieurs publics: les scientifiques et les étudiants, avec l’objectif d’avoir à Porrentruy une antenne de l’Université de Fribourg pour la recherche en géoscience, mais aussi les écoliers et les familles, avec la constitution d’un géoparc, articulé autour d’un musée à réaliser en périphérie de Porrentruy, à L’Oiselier.

«Ici, c’étaient les Baléares il y a 152 millions d’années, et les traces des dinosaures qui y vivaient sont toujours là», s’exclame Arlette Emch. L’authenticité sera une caractéristique du projet, en insistant sur le fait que «le Jurassique, c’est ici», surenchérit la ministre de la Culture, Elisabeth Baume-Schneider.

Pour mettre l’eau à la bouche, le Jura a réalisé un premier satellite de son programme, dans la cour du Centre professionnel de Porrentruy, où des traces de dinosaures ont été découvertes lors de travaux. Il en a fait un «Dinotec»: quatre plaques de calcaire comprenant des empreintes sont visibles, sous des cloches de verre, mises en scène grâce à un design résolument moderne et un support didactico-ludique dessiné sur le mur d’enceinte. Et toujours cette volonté d’emmener le visiteur à l’authentique: «Les dinosaures sont passés ici, voyez leurs traces», scande Wolfgang Hug, chef de la paléontologie jurassienne. La visite est libre. Elle sera enrichie par un support électronique, une application en développement pour tablettes qui offrira «un carnet de terrain électronique» et transformera le visiteur en «scientifique qui découvre des traces et voit apparaître des dinosaures en 3D», s’ébahit le paléontologue. Un gadget développé par des étudiants de la Haute Ecole d’art de Zurich et qui respecte scrupuleusement les exigences scientifiques, pour satisfaire aux paradigmes scientifiques, pédagogiques et ludiques du programme Jurassica. Le support se cherche encore un sponsor pour rendre l’application accessible au grand public.

Cette application est symptomatique d’un projet qui met en valeur le patrimoine paléontologique avec des techniques et des animations du XXIe siècle. D’autres satellites sont programmés, notamment sur d’autres sites de fouilles.

Ne serait-ce que parce qu’il doit préserver les objets des fouilles qui ont coûté 200 millions à la Confédération, le Jura a le devoir de construire un centre de gestion des collections. Il prévoit de l’accoler à un musée «interactif, lieu d’événements et de congrès, qui attirera des gens du monde entier», présente Arlette Emch. Un concours d’architecture sera lancé en 2014.

Reste un gros hic: il faut trouver 33 millions pour financer le programme. Le canton a inscrit 10 millions dans son plan de législature. Le reste devra venir d’institutions extérieures et de privés. «Avec notre projet désormais ficelé, je n’ai pas trop de soucis», dit Arlette Emch, qui dispose d’un important carnet d’adresses. Le Jura ne s’offusquerait aucunement d’associer des sponsors privés à l’image de Jurassica. «C’est un projet à développer pas à pas, avec mesure, intelligence et ambition, mais dans le cadre des budgets publics alloués, sans se laisser aveugler», nuance Elisabeth Baume-Schneider. Après avoir longtemps cherché la solution pour valoriser ses traces de dinosaures, le Jura souhaite passer rapidement au concret. Il a fixé à 2018 l’ouverture de son muséum.

Texte - +