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Editorial vendredi 02 mars 2012

Lutter contre le retard romand

La charge outrancière de la «Weltwoche» a un mérite: nous faire réfléchir sur les causes de nos faiblesses économiques

Non, les Suisses romands ne sont pas les «Grecs de la Suisse» – si l’on entend par là des Méridionaux incapables de gérer leurs affaires correctement et vivant des subsides de voisins nordiques plus rigoureux. En les affublant de ce qualificatif censé être insultant, la Weltwoche, hebdomadaire zurichois proche de l’UDC, fait preuve de la mauvaise foi caricaturale qui est devenue sa marque de fabrique.

Le propos mérite cependant mieux que le mépris sous lequel on pourrait être tenté de l’enterrer. Car il existe bien en Suisse une exception romande, faite de chômage plus élevé, de dettes publiques plus massives et de recours plus systématique aux prestations sociales. Ce statut de traînards confédéraux nous est devenu si habituel, les Romands l’ont si bien métabolisé qu’il est presque devenu partie intégrante de leur identité. Que la Grosse Bertha de la Weltwoche vienne rappeler le caractère négatif de cette réputation est peut-être salutaire. Même excessive, la diatribe force à réfléchir: y a-t-il moyen de faire mieux?

Depuis dix ans, les cantons romands rattrapent leur retard. Ils croissent plus vite que la moyenne helvétique, assainissent leurs finances – à des rythmes variables, il est vrai –, développent leurs universités et attirent des entreprises. Mais il reste beaucoup à faire. Le classement UBS de la compétitivité des cantons, divulgué pour la première fois jeudi, attribue des notes médiocres à la Suisse latine, en raison surtout de dépenses publiques mal maîtrisées et de charges administratives trop lourdes.

Au fond, la Suisse romande a un problème qui fait aussi son charme: elle ressemble à la France – parfois trop. Pour ce qui est du chômage, son gros point noir, l’économiste français Charles Wyplosz, installé à Genève, résume ainsi la situation: «Les incitations à se donner des coups de pied au derrière sont très limitées.» Le cadre légal est le même dans toute la Suisse, mais les pratiques cantonales dans le traitement du chômage diffèrent, et les Alémaniques s’y prennent mieux. Grâce à une culture du travail plus âpre, sans doute, mais aussi grâce à des méthodes plus efficaces dont les Romands pourraient s’inspirer.

Les différences économiques entre régions suisses restent toutefois bien moindres que l’écart entre ces dernières et les pays voisins. Sur ce plan comme sur d’autres, ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. On peut regretter que certains, pour le plaisir de l’outrance, fassent mine de l’oublier. ö Pages 9, 15

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