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Administration française samedi 25 février 2012

Au revoir Mademoiselle

Caroline Stevan

Le terme «mademoiselle» sera rayé des formulaires administratifs français

Ci-gît «mademoiselle», administrativement au moins. Le terme devrait disparaître des formulaires administratifs français, aux côtés des mentions «nom de jeune fille» ou «nom d’épouse», selon une circulaire gouvernementale publiée mardi. Matignon invite ses services à utiliser «madame», pris comme l’équivalent de «monsieur» pour les hommes, qui ne préjuge pas du statut marital de ses derniers». Les formulaires déjà imprimés pourront être utilisés jusqu’à épuisement des stocks. Ce nouveau règlement, qui fait suite à quelques tentatives et à une prise de position du Sénat en 1983, répond à une campagne lancée à l’automne dernier par «Osez le féminisme!» et les «Chiennes de garde».

«Il est intéressant de constater la levée de boucliers qu’a suscitée cette proposition, relève Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité. Les enjeux sont multiples. La France est très attachée à sa langue, qu’elle considère comme un patrimoine intangible. Mais il y a aussi une part idéologique à cette résistance; certains continuent de trouver important de distinguer les femmes mariées ou non, jeunes ou moins jeunes. Autrefois, l’accent était mis sur l’état civil, aujourd’hui sur l’apparence.»

Le mot, ainsi, a désigné les roturières jusqu’à la Révolution environ, avant de nommer les femmes non mariées. C’est seulement dans la seconde moitié du XXe siècle qu’il a été associé à la jeunesse, indépendamment du statut administratif. Longtemps, le «mademoiselle» a donc été lié à la vieille fille ou à la femme libre, à la vierge ou à la putain, sans guère de subtilités. Le mot pouvait témoigner du respect ou du mépris. Coco Chanel le revendiqua comme un titre, gage de son audacieuse autonomie. «Mam’selle Jeanne», dans la bouche de Gaston Lagaffe, est preuve d’une révérencieuse galanterie. «Le problème est que cette distinction n’existe pas pour les hommes tandis que le statut de la femme se retrouve lexicalisé, argue Marinette Matthey, linguiste à l’Université de Grenoble. Avant le mariage, elle porte le nom du père et le titre de «mademoiselle», ensuite celui du mari qui la fait devenir «madame», comme une promotion sociale. Cela montre la domination masculine.»

Dans un papier publié dans Libération alors que la campagne pro-madame battait son plein, la féministe Marcela Iacub a quelque peu déplacé le débat. Supprimer l’une des deux appellations, très bien, mais gardons uniquement le «mademoiselle», finalement plus libertaire et d’actualité. «Madame» n’est que trop associé à l’assujettissement d’un mariage qui tend à disparaître.

En 1973 pour la Suisse

En Suisse, la question a été tranchée en 1973 déjà; le terme «mademoiselle» a alors été rayé des formulaires fédéraux. Au niveau cantonal, il a disparu progressivement, bien plus vite côté alémanique qu’ailleurs. Il arrive qu’il soit encore utilisé ici ou là, mais de façon sporadique. «Nous n’avons cependant pas vocation à faire la police dans ce domaine. Les questions de discrimination salariale nous préoccupent autrement», note Sylvie Durrer.

Osez le féminisme! et les Chiennes de garde appellent désormais les entreprises à suivre le mouvement.

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