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Journal des défilés vendredi 01 juillet 2011

Le Tout-Paris

(Trendspot)

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Les défilés masculins pour l’été 2012 se sont achevés cette semaine. A la baisse: le costard néoconservateur. A la hausse: mixages et métissages de tous les horizons possibles

Un rétroviseur qui se brise. Sept ans de bonheurs vestimentaires.

Paris, il y a une semaine. Tout le monde est là, enfin, toute la fashion planète, pour assister au défilé Louis Vuitton. C’est que la maison française a engagé l’excellent Kim Jones pour codiriger, avec Marc Jacobs, ses lignes masculines. Suspense. Les premières silhouettes, inspirées du photographe africaniste Peter Beard, élèvent l’horizon. Chic, dessin au couteau, silhouettes au scalpel invitant le corps à la nonchalance. Cela commence par des costumes dépareillés accessoirisés de cuirs nomades fauve ou naturels. Et puis remontent des allusions ethniques comme autant de souvenirs de voyage. Immenses plaids en damiers rouges et bleus comme pour parer à la froidure des nuits tropicales, sahariennes aussi précises que des photos sur iPad, blousons bi-matières d’écailles archi-luxe et enfin, le soir, smokings sombres comme des nuits de savane, sandales au pied.

C’est une collection encore un peu bridée, et qui pose les bases d’un redépart, dans tous les sens du terme, mais elle est emballante. On connaît Kim Jones pour sa manière de mixer les sportswears aux codes de l’élégance classique. C’est exactement ce qu’il réussit ici, en travaillant sur la grammaire visuelle du malletier français, son damier, un logo viril à l’ancienne, des sacs qui se portent sur le dos, à la nomade. Du vestiaire urbain chic, métissé de pièces ramenées de périples. Bref, des habits comme autant de points de vue – sur la masculinité aujourd’hui, cette posture entre le besoin d’assurer et la nécessité de se remettre en question.

Lanvin, phare d’absolu

Cette envie de retourner les rétroviseurs et de les braquer vers d’autres horizons, de refaire de la mode une machine à accélérer les métissages, c’est la leçon à retenir des défilés masculins pour le printemps 2012. Comme Milan, Paris se détourne brusquement de ce qui a nourri la mode masculine durant 10 ans: les codes du tailleur à l’ancienne, les traditions de Savile Row, le recours au passé pour y puiser une forme de légitimité. Comme si le discours néo-cons’qui sous-tend, depuis une décennie, le gros de la création artistique et de la politique, entamait son déclin du côté de la mode masculine.

Cela se sent chez Givenchy où toute la collection est sous-tendue par une seule et entêtante obsession pour un dessin déployant des oiseaux mauves sur des végétaux inquiétants. Kilts, shorts, sweats, casquettes, tissus bruts ou brodés de paillettes. Adieu les Jésus musclés portant des smokings de communiants, place à d’étranges voyous en vert.

Cela frémit chez Dries Van Noten qui travaille les parkas, les tons marin, les zips enduits, le workwear bimatière, les finitions de sport magnifiées par de languides pantalons XXL rayés de bruns, d’orange ou de blancs.

Cela culmine chez Lanvin, qui reste, de toute la mode masculine, le phare absolu. La collection débute par une galerie de héros façons Matrix, visage fragile, épaules juvéniles, mais coupes au bol, tuniques de cuir, sandales usées par les duels, avant que ne déboulent des jeunes mecs relax en redingotes d’officiers, leggings teints au petit bonheur et colliers de bois façon malas hindous. Les épaules des costumes s’affaissent comme par accès de romantisme, chaque pièce, pourtant précieuse et précise finit par composer une silhouette libérée. Commentaire d’une rédactrice de mode, pourtant blasée par 30 ans de défilés: «Génial, génial, génial».

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