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Editorial lundi 18 juin 2012

Le statu quo et son prix

Les Suisses n’ont pas vu les avantages des réseaux de soins intégrés tant ils sont attachés à un système de santé qui, finalement, les comble. La qualité des soins est élevée, et peu leur importe que le modèle du libre choix du médecin ne soit pas forcément le plus économe

C’est toute la Suisse, à l’unisson, qui balaie une nouvelle organisation de la médecine ambulatoire présentée comme plus rationnelle et un peu plus économe. Le statu quo est validé, c’était attendu; l’intensité et l’homogénéité du non étonnent. Trois Suisses sur quatre et tous les cantons refusent massivement la généralisation des réseaux de soins intégrés. Le rejet de ce modèle est certes un peu moins marqué outre-Sarine, où le changement de paradigme a été davantage anticipé qu’en Suisse romande; mais même la Suisse orientale, pionnière du Managed Care, écrase une réforme qui a mis sept ans à mûrir.

Le modèle libéral, où le patient choisit librement son médecin, voire de multiples thérapeutes, est plébiscité. Les prestations fournies sont remboursées par l’assurance de base et la rémunération des soignants est fonction des actes exécutés. Ce système a fait ses preuves en garantissant une qualité élevée de soins. Les Suisses en sont satisfaits. Peu leur importe que ce modèle ne soit pas le plus pertinent du point de vue de l’économicité des prestations. Payant très cher pour sa couverture maladie, le citoyen veut accéder sans entrave à la palette de prestations la plus complète. Une leçon du refus si net des réseaux de soins est aussi que la tolérance aux primes élevées est supérieure à ce qu’on voudrait faire croire, y compris dans la classe moyenne qui échappe aux subsides.

Nul doute que l’engagement bruyant de la majorité des médecins contre un modèle qui allait réduire leur liberté a pesé lourd sur l’issue du scrutin. L’hostilité des soignants a renforcé la perception, injuste, que les réseaux annonçaient forcément un glissement vers une médecine au rabais, loin des objectifs proclamés de qualité accrue.

Le vote de dimanche peut paraître indolore, mais les problèmes ne disparaissent pas. La hausse des coûts de la santé, et donc des primes, n’est pas une fable. Le vieillissement de la population l’aggravera. La concurrence des caisses maladie basée sur le tri des bons assurés plutôt que sur l’achat de prestations de qualité est une plaie que la nouvelle loi soignait enfin; tout est à refaire! Les Suisses montrent qu’ils se méfient des changements de direction brusques. Si des correctifs sont envisageables, toute réforme ambitieuse semble promise à l’échec. Les acteurs de la santé sont avertis.

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