Texte - +
Imprimer
Reproduire
affaire ubs jeudi 26 février 2009

«La place financière suisse a de vrais atouts»

Selon Tax Justice Network, fer de lance contre la fraude et l’évasion fiscale, la Suisse est peu coopérative lorsqu’il s’agit de revoir le secret bancaire

«La Suisse a eu tort ces dernières années de croire que le secret bancaire était inébranlable, et parfois même de refuser de participer aux forums qui prônent la transparence dans la finance internationale», a déclaré au Temps Bruno Gurtner. Il préside Tax Justice Network (TJN), un réseau international d’organisations non gouvernementales, de professionnels de la finance et de juristes, militant contre la concurrence fiscale sans règle, la corruption et la fuite des capitaux.

Bruno Gurtner ne manque pas d’exemples pour dénoncer cette attitude non coopérative. Berne boude le Forum global sur la taxation de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Il y a deux ans, elle a participé à une rencontre à Melbourne, mais seulement en observateur et en précisant qu’elle n’était de toute façon pas tenue d’appliquer les résolutions. Dans d’autres forums, elle fait tout pour faire barrage au moindre changement qui met en cause le système bancaire. Ce comportement coûte à la Suisse sa mise à l’écart de prochaine réunion du G20, selon le président de TJN. «Elle a pourtant tout à gagner en participant à la mise en place de nouvelles règles de la finance mondiale au lieu d’être contrainte de les appliquer.»

Optimisation fiscale

Le président du TJN affirme que la place financière suisse ne sera pas menacée si elle s’appuie sur ses vrais atouts: son expertise, son expérience ainsi que la stabilité financière et politique de la Suisse.

L’affaire UBS, une bonne nouvelle donc? «Oui, déclare l’économiste bernois. Washington, Paris ou Berlin ne demandent pas autre chose que ce que TJN revendique depuis des années.» Selon lui, cette crise finira par renforcer la transparence dans les flux transfrontaliers des capitaux, augmenter la pression contre les paradis fiscaux, la fraude et l’évasion fiscale. «Quant à la Suisse, elle sera mise sous pression pour revoir le secret bancaire qui attire de l’argent illicite étranger», déclare-t-il. «Personne ne doit être surpris par ce qui arrive à UBS et à la place financière suisse, poursuit-il. De l’étranger, on ne comprend pas que la Suisse aide les citoyens d’autres pays à échapper au fisc et à cacher leur fortune dans des comptes suisses. Genève, Zurich et Lugano ont toute une industrie d’optimisation fiscale qui développe des instruments sophistiqués pour contourner le fisc, souvent à la limite de la légalité.» Selon lui, la distinction entre fraude et évasion fiscales n’est pas évidente à l’étranger.

Mais UBS ne subit-elle pas plutôt le chantage des Américains dans cette affaire? «Un grand pays comme les Etats-Unis a naturellement plus de poids et de pouvoir pour faire pression, poursuit Bruno Gurtner. Ce pays est plongé dans la crise. Il investit des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques, les assurances, ou encore l’immobilier et l’automobile. C’est normal qu’ils essaient de récupérer les milliards placés par des entreprises et citoyens américains à l’étranger.»

Selon le président du TJN, la Suisse devrait s’attendre aussi à des pressions de l’Union européenne dont les citoyens ont placé leur argent dans des comptes suisses. Et de faire remarquer que la Suisse traîne les pieds pour retourner les avoirs déposés par certains potentats étrangers, mais elle cède facilement aux pressions américaines.

Reproduire
Texte - +