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revue de presse vendredi 14 décembre 2012

Voyage au bout de l’enfer avec les CFF

Olivier Perrin

(Gaetan Bally/Keystone)

(Gaetan Bally/Keystone)

Après l’entrée en vigueur du nouvel horaire dimanche dernier, les retards, pannes et autres bugs n’ont cessé de s’accumuler. Retour sur une semaine ferroviaire difficile

Rude semaine pour les CFF. Rude semaine pour les usagers. Rude semaine pour les cheminots, les aiguillages, les rames, les communicants, les pendulaires et autres pantographes. Le passage, dimanche dernier, au nouvel horaire, s’est singulièrement compliqué du fait des mauvaises conditions météorologiques qui ont perturbé toute la semaine un réseau romand censé être plus performant, particulièrement sur l’Arc lémanique. On ne s’en est pas vraiment rendu compte ces derniers jours.

Pourtant, «les cheminots sont au front quand la machine des CFF gèle», clament de concert ce vendredi matin 24 heures et Tribune de Genève. «Blocs de glace sous les essieux des rames, aiguillages et pantographes gelés: malmené par la météo exécrable, le matériel encaisse les chocs», résument les deux quotidiens. Et si les voyageurs semblent comprendre ces impondérables, ils mettent en revanche en cause la communication défaillante de l’ex-régie fédérale: ils «reprochent notamment le manque de communication dans les gares et les trains». «Les CFF ne sont pas très réactifs quand il y a des couacs, estime [un usager] qui sort du train à la gare de Lausanne. A Vevey, le quai était bondé quand on nous a annoncé que le train était annulé. Tout le monde s’est rué d’un coup sur un autre quai, alors qu’on pouvait prendre une autre correspondance. Mais personne n’était là pour nous le dire!»

Avec de l’humour aussi

Cependant, mercredi dernier, le gratuit 20 minutes escortait une amusante galerie de photographies sur la gabegie qui régnait depuis quatre jours en racontant que «les pendulaires ayant pris le Regio Express au départ de la gare de Cornavin, à 16h51 […], ont eu droit à des excuses». Mais pas n’importe lesquelles avec l’accent alémanique: non, «dans les trains les plus modernes […], le personnel contrôle directement l’affichage des écrans d’information, le chef de bord peut écrire ce qu’il veut, même s’il a des consignes à respecter». Résultat, du plus bel effet, «les messages affichés sont ironiques»: «Bon train pa’d’train», «On va y arriver» ou «Désolé»…

Pas de quoi dérider Nicolas pourtant, qui fait le trajet Genève-Renens quotidiennement: «Comme tout le monde ce matin, j’ai eu 40 minutes de retard», déplore-t-il. «Ce matin, le train de 6h26 a même été supprimé sans une annonce. Donc, vous savez, l’excuse du froid et de la glace, je n’y crois pas trop.» On ne compte plus les histoires de collègues ou d’amis qui ont mis trois heures pour rentrer debout chez eux en changeant six fois de train… On exagère à peine.

Au «bled pourave»

Même topo dans Le Matin, mais d’un autre ordre: «Une vraie gabegie! Entre trains bondés, retards et correspondances inexistantes, le nouvel horaire des CFF a excédé plus d’un passager. Entré en vigueur dimanche, il a chamboulé les habitudes de certains pendulaires, à l’instar de Roxanne. Cette Fribourgeoise, domiciliée à Romont et travaillant sur Genève, perdra désormais 40 minutes chaque jour. «Avec ces horaires, je n’arrive pas à faire mon temps de travail, les correspondances sont mal assurées. Je n’ai donc pas d’autres choix que de prendre le train à 5h39 à Romont et me lever une heure plus tôt», s’indigne-t-elle.» Voir à ce propos le message similaire de Yasmine, coincée dans un «bled pourave»…

Et en Valais? Le Nouvelliste nous apprend que les aiguillages de la gare de Sion sont souvent «bloqués par les flocons et la glace». RegionAlps, le RER valaisan, confirme que trois d’entre eux «seulement seraient chauffés». Et la porte-parole de la compagnie valaisanne de préciser qu’il existe ailleurs en Suisse des aiguillages chauffants, mais que «pour une question de coût la gare de Sion n’est pas totalement équipée». Conclusion du quotidien du Vieux Pays: «Un comble pour la capitale d’un canton alpin. RegionAlps a déposé une demande pour moderniser cette infrastructure CFF.»

Bouc émissaire?

Outre une malheureuse collision en Suisse alémanique et des pannes répétées entre Genève et Lausanne, des rames qui s’accouplent mal, un pare-brise cassé (si, si, je l’ai vécu…), il y a donc de quoi s’énerver et du coup, a relevé cette semaine RTS Info, les CFF sont devenus le «nouveau bouc émissaire du Web. Les usagers, se plaignent en effet sur les réseaux sociaux, véritables défouloirs de leur colère qui se porte de plus en plus sur la stratégie de communication buguée de l’ex-régie fédérale.» Non, confirme Le Matin, «il n’y a pas que le nouvel horaire et 5 cm de neige qui soient source de chaos. La toute fraîche App sociale des CFF a de sérieux ratés.» Elle aussi.

Pour terminer sans dramatiser, on signalera enfin après avoir tapé le hashtag #cff sur Twitter que l’on peut être très imaginatif, comme ce gai luron de Thomas Joubert qui nous consolera de ces jours difficiles: «La présentation de mon titre de transport #cff aura un retard suite à la formation de glace sur mes mains. Merci de votre compréhension.»

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