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Suisse mercredi 27 avril 2011

Bond des opérations de fusions et d’acquisitions

Le nombre de transactions a presque triplé au 1er trimestre 2011, pour atteindre 225. L’année en cours s’annonce sous de souriants auspices. Mais gare au miroir aux alouettes

Reprise économique confirmée, des perspectives solides et des liquidités en abondance. Un menu suffisant pour redonner de l’appétit aux stratégies expansionnistes après le régime drastique dû à la crise. Selon la dernière étude d’Ernst & Young (E & Y) publiée mardi, le marché suisse des fusions et acquisitions a enregistré un premier trimestre 2011 «relativement satisfaisant», notamment en ce qui concerne le nombre de transactions.

Ainsi, ce type d’opérations a presque triplé – 225 au total – par rapport à la même période de l’année précédente, tandis que le volume est resté stable. Parmi les rachats de taille, le chimiste bâlois Clariant vient de finaliser celui de son homologue allemand Süd-Chemie, dont il détient désormais 96,15% des actions, a-t-il annoncé hier. Le groupe a racheté les participations des actionnaires majoritaires, le fonds d’investissement One Equity Partners et la famille des fondateurs de Süd-Chemie. Clariant va désormais lancer la procédure de rachat des parts minoritaires. Le total de l’opération s’élève à environ 1,9 milliard d’euros, soit un prix légèrement inférieur aux 2 milliards annoncés en février. Un différentiel à mettre sur le compte des fluctuations des taux de change.

Pour sa part, Kuoni a décidé de miser gros sur les services touristiques sur Internet. Afin de développer ce pôle d’activité, le voyagiste zurichois a racheté le spécialiste britannique Gullivers Travel Associates (GTA) à son propriétaire américain Travelport, pour 720 millions de dollars (668 millions de francs au cours de change du jour de l’annonce). Fondé en 1975 à Londres, GTA dispose d’activités opérationnelles dans 26 villes à travers le monde et emploie quelque 2400 collaborateurs.

Mais, selon E & Y, ce sont les secteurs du commerce de détail et des produits de consommation qui ont été les plus dynamiques au niveau des fusions et acquisitions, avec plus d’une transaction sur cinq. A l’instar des trimestres précédents, les biens et services industriels ainsi que le secteur des médias, des technologies et des télécommunications ont également représenté une large part des fusions et acquisitions, avec respectivement 20% et 10% de l’ensemble des transactions.

Les grandes opérations, définies comme celles affichant un volume total supérieur à 250 millions de dollars (221 millions de francs), ont représenté 24% de la totalité, contre 31% au quatrième trimestre 2010. Les petites transactions, soit moins de 50 millions, sont passées de 52 à 40%. Celles de taille moyenne ont en revanche plus que doublé, à 36%.

Quid de l’année en cours? D’après Ernst & Young, elle devrait être plus favorable encore que 2010. «Les sociétés suisses profiteront peut-être de la fermeté de la monnaie nationale, qui pourrait entraîner une hausse du flux de transactions sortant et des acquisitions transfrontalières», de l’avis de Jürg Stucker, responsable des fusions et acquisitions chez Ernst & Young Suisse. A l’inverse, celles visant des entreprises suisses risquent de pâtir de la cherté du franc.

La prudence est toutefois de mise. Pour les sociétés, les opérations de croissance externe ne constituent pas toujours la panacée, loin s’en faut. Emmanuel Métais, professeur à l’Edhec Business School, dans une tribune publiée dans la presse française, tirait un bilan très mitigé. En considérant les 731 acquisitions menées par des entreprises hexagonales aux Etats-Unis entre 1986 et 2006, il arrivait au constat que 190 transactions se sont soldées par un divorce, dont 81 pour des raisons «d’échec patent».

Patrick Thomas, gérant du groupe Hermès, va encore plus loin. «Pour moi, la croissance externe est un aveu de faiblesse: la société qui y recourt n’est pas sûre de ses propres résultats», a-t-il déclaré récemment. Une critique toutefois formulée dans le contexte de la prise de participation fracassante de LVMH dans l’entreprise française de luxe.

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