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Santé mercredi 09 janvier 2013

La pilule contraceptive en question

Pilules contraceptives. Les accidents surviennent le plus fréquemment chez les femmes présentant des prédispositions génétiques comme la thrombophilie ou le syndrome des antiphospholipides. (Reuters/Eric Gaillard)

Pilules contraceptives. Les accidents surviennent le plus fréquemment chez les femmes présentant des prédispositions génétiques comme la thrombophilie ou le syndrome des antiphospholipides. (Reuters/Eric Gaillard)

Une jeune Française dénonce devant la justice le danger des «contraceptifs oraux combinés». Le risque est connu depuis longtemps. Mais il reste minime et, bien géré, peut être encore réduit

Un vent de colère s’est levé ces dernières semaines en France sur les pilules contraceptives de 3e et 4e générations (les plus récentes). Une plainte a été déposée le 14 décembre contre l’un de leurs fabricants, le géant pharmaceutique allemand Bayer, par une jeune femme qui accuse l’un de ces produits d’avoir provoqué chez elle un accident vasculaire cérébral aux lourdes séquelles. Et une trentaine d’autres menacent de suivre en ce début janvier. Alors, dangereux ces produits? Et suffisamment pour s’en méfier?

Il existe deux sortes de pilules: la pilule progestative, qui ne contient qu’un principe actif, un dérivé synthétique de la progestérone, une hormone influant sur la fertilité; et la pilule combinée, ou «contraceptif oral combiné» (COC), qui comprend une combinaison de progestatif et d’un dérivé synthétique d’une autre hormone, l’œstrogène.

Ce mélange garantit une protection contraceptive très efficace. Il pallie aussi certains effets secondaires indésirables du progestatif, tels la poussée d’acné, les saignements réguliers et la chute de cheveux. Il présente cependant un très léger risque de thromboembolie veineuse (TEV).

Cette affection compte trois formes principales: la thrombose veineuse profonde, soit la formation d’un caillot dans le réseau veineux des membres inférieurs; et deux possibles complications, l’embolie pulmonaire et l’accident vasculaire cérébral (potentiellement mortels), qui se produisent lorsque le caillot migre respectivement vers une artère pulmonaire ou cervicale.

Les pilules orales combinées ont gardé jusqu’à récemment le même œstrogène. En revanche, elles ont changé à plusieurs reprises de progestatifs, des modifications qui ont déterminé leur passage d’une génération à une autre. Or, les effets indésirables diffèrent suivant les générations. Le risque de thromboembolie veineuse s’avère par exemple deux fois plus élevé avec la pilule de troisième génération qu’avec la précédente.

L’autorité suisse de contrôle et d’autorisation des produits thérapeutiques, Swissmedic, a répertorié pour la période 1990 - juin 2012 les «annonces spontanées d’effets indésirables» des contraceptifs hormonaux – catégorie qui comprend non seulement les pilules progestatives et les contraceptifs oraux combinés mais aussi des dispositifs transdermiques et intra-utérins. Les annonces d’effets indésirables s’élèvent sur l’ensemble de la période à 2086, dont 288 concernent des thromboembolies veineuses. Parmi lesquels 169 ont dégénéré en embolies pulmonaires. Dont 11 se sont avérées mortelles.

«Le danger existe mais il doit être relativisé, commente Michal Yaron, responsable des consultations ambulatoires et des urgences gynécologiques aux Hôpitaux universitaires de Genève. Il est notamment beaucoup moins important suite à une prise de pilule que suite à une grossesse.»

Le risque est très inégal, en outre, d’une personne à l’autre. ­Selon Swissmedic, les «accidents» surviennent le plus généralement chez des femmes présentant des prédispositions génétiques, com­me la thrombophilie et le syndrome des antiphospholipides. Et ils sont favorisés par d’autres facteurs, tels l’âge et le surpoids. Il s’avère par ailleurs que la majorité d’entre eux surviennent en début d’utilisation. Autant d’éléments qui permettent d’adapter la consommation de la pilule et de limiter le risque.

Il revient aux médecins, appelés à prescrire le produit, à prendre quelques précautions. Soit, selon Michal Yaron, à interroger leurs patientes sur leurs antécédents personnels et familiaux, ainsi qu’à réaliser un examen de tension et de poids. Au-delà, les habitudes divergent. Certains donnent des pilules de 3e ou de 4e génération tant qu’il n’y a pas de contre-indications. D’autres préfèrent prescrire en «première intention» des produits de 2e génération, pour ne conseiller la 3e ou la 4e qu’en cas de problème.

La formule miracle n’existe pas. Il s’agit de chercher de cas en cas le meilleur rapport efficacité-sécurité… et ce, dans un esprit de dialogue. «Il est essentiel d’individualiser l’approche, ajoute Michal Yaron. La prescription de pilule doit être adaptée aux besoins de chaque femme en tenant compte de son caractère, de ses envies, de ses moyens financiers ou encore, tout simplement, du moment.»

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