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Spectacle samedi 07 février 2009

Altermondialiste, Dieudonné?

L’humoriste controversé «fait l’con» à Genève. Il s’en prend à la déforestation, au pillage de l’Afrique et à la politique américaine. Une soirée sans heurt ni contestation

Aucune banderolle. Aucun tract distribué à l’entrée de la Salle centrale à Genève. Vendredi soir, le spectacle de Dieudonné va commencer dans une demi-heure et une foule jeune, en grande majorité,se presse devant les portes. L’ambiance est détendue, joyeuse, tranquille. Au vu du succès des réservations, deux représentations supplémentaires ont été prévues à Genève. Malgré ou grâce au parfum de scandale qui entoure l’humoriste. «J’ai fait l’con», titre de son spectacle, avait fait l’objet en janvier d’une demande d’annulation de la part de la Cicad, une association de lutte contre l’antisémitisme en Suisse romande. Cette demande, rejetée par le Conseil d’Etat genevois au nom de la liberté d’expression, était motivée par l’apparition sur scène du révisionniste Faurisson lors des précédentes représentations parisiennes. Faurisson convoqué par Dieudonné pour des mains du comique un «prix de l’infréquentabilité».

«J’étais persuadé qu’en invitant Faurisson, les médias ne retiendraient que ce moment du spectacle. Et c’est ce qui s’est passé.» A Genève, d’entrée de jeu, Dieudonné explique sa méthode pour assurer une promotion à l’envers. «Je connais le régime alimentaire des journalistes. Il leur faut de la viande crue.» Après avoir demandé à Jean-Marie Le Pen de devenir le parrain de son fils, Dieudonné explique qu’il devait trouver pire encore. «Après deux mois de recherche acharnée, j’ai fouillé toutes les poubelles du show-bizz, j’ai trouvé Faurisson, l’élu au milieu des détritus. Un ami m’a dit: «Attention, ne lui serre pas la main, à côté de lui, Le Pen c’est Casimir dans l’Ile aux enfants». Donc j’ai été le voir. Son truc à lui, c’est la contestation. Tu lui montres le plancher en disant voilà le plancher, il dit non. Tu lui dis voilà Gorée, tu lui montres le bâtiment d’où sont partis les esclaves, il répond que c’est un décor de théâtre.» Au vu de la foule visiblement fidèle qui l’applaudit, on se demande pourquoi Dieudonné doit recourir à de tels stratagèmes.

Campant toujours ce personnage de beauf suintant le racisme ordinaire et partant dans des éclats de rires sardoniques, Dieudonné embarque ensuite pour le Cameroun. Il y retrouve soi-disant son père qui comme lui ne supporte plus ces Pygmées ridicules, complètement perdus, obligés de venir mendier dans les villes depuis que la forêt est rasée. «Sous prétexte qu’ils étaient là depuis toujours, les Pygmées, comme les Indiens d’Amérique, se croient chez eux. C’est dingue quand même». Et d’évoquer au passage le tracé du pipe-line d’Elf qui n’hésite pas à raser les villages, à déplacer les populations, et à pomper le pétrole, «comme si les populations locales n’en avaient pas besoin, elles.» Mais tout cela bien sûr a du bon pour les Pygmées, qui peuvent trouver des jobs d’été sur les chantiers comme devenir cobayes pour les laboratoires pharmaceutiques. «C’est vrai ce que je raconte-là», croit bon de devoir souligner Dieudonné.

Après s’en être pris aux «faul-cul de l’humanitaire, ces milliardaires de la misère», et à Enrico Macias, le Franco-camerounais entend faire un sort à l’instrumentalisation du souvenir de la Shoah. Se basant sur une directive qu’aurait prise Nicolas Sarkozy et selon laquelle chaque spectacle en France devrait comporter une scène avec un déporté des camps, dans le but de ne pas oublier, Dieudonné demande à un membre de son équipe de le rejoindre en tenue des camps et de traverser en silence la scène. Ce dernier feint de ne pas comprendre ce qu’il fait là et pourquoi surtout. «Pour ne pas oublier», hurle Dieudonné.

George Bush et la politique américaine en général, Colin Powell et son mensonge devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour convaincre de la nécessité d’une guerre en Irak,les marchands d’armes qui tirent les ficelles et puis sans doute le sketch le plus réussi, l’imitation du président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis 25 ans, s’égrènent ensuite.

Au bout du compte, un spectacle qui dénonce entre autre la déforestation,le sort des peuples indigènes, les pratiques des compagnies pétrolières et pharmaceutiques, la poursuite de la politique coloniale en Afrique, la politique américaine. Altermondialiste, Dieudonné?

«J’ai fait l’con», spectacle de Dieudonné, Salle centrale, 10 rue de la Madeleine, Genève. Le 7 février, à 20h et 22h. Rens. 022 310 02 32.

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