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style mercredi 22 février 2012

Le vert dure

Au défilé Céline. Collection été 2012. Le vert et un forme de romantisme de rigueur. Paris, octobre 2011 (DR)

Au défilé Céline. Collection été 2012. Le vert et un forme de romantisme de rigueur. Paris, octobre 2011 (DR)

Le printemps s’installe dans les vitrines de la mode et du luxe. Zoom sur la couleur verte, jocker d’une belle saison colonisée par les pastels

Comme souvent depuis trois ans (comme toujours?), c’est la marque Céline qui a donné le feu vert. Paris, octobre dernier. Dans son défilé annonçant sa prochaine collection estivale, les blancs éblouissent plus qu’ailleurs, les rouges claquent comme nulle part. Du pur, du net, du romantisme éblouissant comme seul l’est celui que bride la sévérité. Et puis, du vert. Des sacs vert foncé. Des sahariennes légèrement surdimensionnées avec ceintures XXL vertes (voir grande photo). Des pantalons flous et verts, lestés d’une magnifique bordure satinée. Oh, pas un vert cool, ni écolo, ni désinvolte, surtout pas – parce que ce vert-là rime vite avec vulgaire. Non. Mais un vert assez foncé, un vert de prose ramuzienne plutôt qu’un vert de pâturage. Un vert anti-printanier au possible. Mieux: un vert urbain, un vert habillé. L’idée du vert plutôt que son cortège idéologique insupportable (vert = nature/bio/écologie/foutaises).

Les grands designers (comme Phoebe Philo chez Céline) savent rendre aimable ce qui ne l’était plus. Comme ce vert sombre qu’on aimera d’autant plus qu’il tient de la lubie minoritaire dans ce printemps 2012 qui s’annonce colonisé par les pastels et les détails hypocoristiques frôlant souvent, il faut bien le dire, la mièvrerie. Ce vert minoritaire, ce vert qui en appelle au nerf, on l’a débusqué chez Dries Van Noten où il tire sur le turquoise métallisé. Chez Marni. Chez Yves Saint Laurent où l’été est particulièrement réussi. Chez Prada, bien sûr. Chez Jil Sander. Le vert et sa beauté sévère.

Un vert qui charrie, aussi, tout un chatoiement de valeurs ambiguës, comme le rappelle l’historien des couleurs Michel Pastoureau. Avant d’être assimilé à la nature, au progrès propre et à la consommation durable, le vert a été, en Occident, la couleur de l’instabilité. Très concrètement d’abord, parce que les teintures textiles vertes, bien que faciles à trouver dans la nature, ont longtemps été difficiles à fixer une bonne fois pour toutes.

Le vert symbole de ce qui change, de ce qui échappe aux catégories, couleur des bouffons, des amoureux, des chasseurs, des effrontés. Le vert du tapis de jeu, celui de la chance (et de ses revers). Le vert qui porte-malheur au théâtre, le vert de l’émeraude précieuse mais dangereuse. Et le vert des pantoufles qui chaussent les Cendrillon, n’est-ce pas? Fin de cet inventaire à la Prévert.

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