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Italie samedi 27 mars 2010

Test national de mi-mandat pour Berlusconi

Marche en faveur de la candidate du PdL de la région d u Latium, Renata Polverini. (AFP)

Marche en faveur de la candidate du PdL de la région d u Latium, Renata Polverini. (AFP)

Pour le président du Conseil, le danger des régionales de dimanche et lundi vient de l’abstention et de son alliée, la Ligue du Nord

Salle à moitié vide à Naples, mobilisation en demi-teinte à Rome, Silvio Berlusconi avait rarement connu une campagne électorale aussi difficile. A 73 ans, le chef du gouvernement italien s’est pourtant impliqué personnellement dans la bataille pour les élections régionales de dimanche et lundi, convaincu que seule sa présence pouvait inciter les troupes du Peuple de la liberté (PdL) à se rendre aux urnes. Par ricochet, il a toutefois transformé le scrutin local (qui concerne 13 régions sur 20) en un test national de mi-mandat et un référendum sur son gouvernement deux ans seulement après son retour au pouvoir. «Il ne s’agit pas de voter uniquement pour des régionales, il s’agit de choisir son camp», a-t-il martelé.

En meeting du nord au sud au cours de la dernière semaine, le patron du Peuple de la liberté a ressorti les vieilles ficelles qui avaient fait son succès: promesses d’alléger la bureaucratie et la pression fiscale, défense de la liberté des citoyens «contre la gauche et les juges liberticides». Seule nouveauté dans son argumentaire: «Nous voulons vaincre le cancer», n’a-t-il pas hésité à lancer dans ce scrutin local, s’attirant l’ironie de l’opposition. De manière générale, dans son entourage, on craint à demi-mot une certaine lassitude de l’électorat.

Il y a encore quelques mois, le patron du Peuple de la liberté espérait pourtant conquérir la majorité des 13 régions en jeu. Mais depuis la machine s’est grippée. Dans un contexte économique très dur (la croissance italienne a chuté de 5% en 2009), l’exécutif a vu la confiance des citoyens s’évaporer.

«Le gouvernement de l’action» est devenu celui du cafouillage, voire des magouilles. Les enquêtes judiciaires qui ont éclaboussé le sous-secrétaire d’Etat à la protection civile, Guido Bertolaso, soupçonné d’avoir trempé dans des malversations sur les marchés publics, ont entamé la crédibilité du cabinet Berlusconi. Quant à la présentation des listes électorales, elle a tourné au désastre au Latium et en Lombardie, laissant entendre que la majorité n’était même pas capable de se plier aux règles les plus élémentaires. Déposée avec une demi-heure de retard, une liste de la droite dans le Latium n’a pas été autorisée à se présenter malgré d’innombrables recours et polémiques.

Quel que soit le résultat des élections régionales de dimanche et lundi, Silvio Berlusconi a fait savoir à ses collaborateurs que le mot d’ordre lundi soir devait être celui du «succès». Il est vrai que la majorité de droite est pratiquement assurée de conserver les deux régions qu’elle détient, à savoir la Lombardie et la Vénétie. La Campanie et la Calabre pourraient aussi basculer à droite en raison de l’échec patent des administrations sortantes de centre gauche.

L’enjeu du scrutin se concentre principalement autour de deux régions: le Latium où la radicale et ancienne commissaire européenne Emma Bonino affronte une syndicaliste de droite Renata Polverini, et le Piémont où le candidat de la droite Roberto Cota dispute la victoire à la démocrate sortante Mercedes Bresso. Un succès de ce représentant de la populiste Ligue du Nord, alliée au PdL, constituerait un petit tremblement de terre politique.

Au-delà du résultat global, les élections régionales risquent en effet de redessiner les équilibres au sein de la majorité. Déçus par Silvio Berlusconi, les électeurs du PdL pourraient, selon les derniers sondages, reporter leurs voix dans le nord et le centre de la Péninsule non pas sur l’opposition de gauche mais sur la Ligue du Nord d’Umberto Bossi. «Je ne crains pas le dépassement du PdL par la Ligue», a même dû préciser vendredi Silvio Berlusconi, déjà régulièrement critiqué par son autre allié Gianfranco Fini, le président de la Chambre des députés (ex-Alliance nationale), qui ne rate jamais une occasion de faire entendre sa différence.

Signe de son affaiblissement politique, le chef du gouvernement n’a pas été en mesure d’imposer la plupart de ses candidats aux régionales devant passer sous les fourches caudines de ses partenaires. Craignant que le scrutin régional ne relance les tensions de sa majorité et ne le mette en difficulté, Silvio Berlusconi a tenu à déclarer hier que «le vote ne change rien. Nous avons un mandat pour gouverner cinq ans.»

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