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Espace samedi 24 mars 2012

Le satellite pour les nuls

Grâce à son engin, Hojun Song veut avoir une connexion privée avec l’univers

Hojun Song a signé le contrat pour le lancement de son satellite avec une compagnie française, le 21 juin dernier, au Salon de l’aéronautique du Bourget, à Paris. La vidéo de cet épisode est à elle seule une performance. L’artiste coréen arbore fièrement sa devise en bandoulière, sur un sautoir rouge digne de Miss Monde: «La science est fantaisie.» Autour de lui, des représentants de l’entreprise un peu crispés se demandent à qui au juste ils ont affaire. Une fois leur sourire de circonstance immortalisé, on entend l’un d’entre eux enjoindre son collègue de vite «remballer les monts-blancs».

Le lancement du satellite est prévu pour le 31 août 2012, depuis la base de Baïkonour, au Kazakhstan. La place, à bord d’une fusée Soyouz, coûte 100 000 dollars. Pour payer le voyage, Hojun Song doit encore vendre 9921 tee-shirts à l’effigie de son satellite, mais, contrairement à son ami Mark Suppes (lire ci-dessous), il n’a pas l’air stressé du tout.

Réflexions cosmiques

Cela fait maintenant six ans qu’il travaille à son Open source satellite initiative (OSSI), qu’il présentait fin février à Lift 2012. «Jusqu’à présent, quasi tous les programmes spatiaux ont été menés par les gouvernements ou les militaires, souligne-t-il. Il est temps que nous ayons une connexion privée avec l’univers. Je crois que ça nous permettrait de penser plus souvent à notre existence.»

Le satellite d’Hojun Song est un cube de 10 cm de côté. Il a acheté la base pour quelque 500 dollars à une firme californienne, qui fournit notamment les universités, qui, comme l’EPFL (LT 23.09.2009), souhaitent propulser leurs projets dans l’espace. «Je suis probablement un nerd, mais pas un inventeur», relève le jeune homme. Avant d’ajouter qu’il n’est rien sans Google.

Tout de même. On aperçoit l’ingénieur poindre sous le doux rêveur lorsqu’il s’agit de bidouiller une cellule photovoltaïque, une batterie ou un circuit électronique pour qu’ils résistent mieux aux radiations spatiales. Ou de relier son iPhone à une radio portable et une antenne faite maison pour communiquer avec le satellite.

Open source très aimable

Mais Hojun Song veut que sa démarche soit à la portée de tous. «L’open source c’est l’opposé de «si je te dis, je dois te tuer», définit-il. Partisan d’une version «très aimable» de l’open source – c’est-à-dire qui soit non seulement accessible, mais aussi compréhensible –, il a traduit tout le processus en adorables dessins et prépare un manuel de «lancement de satellite pour les nuls».

Une fois en orbite, l’engin devrait pouvoir envoyer des messages en morse aux terriens, grâce à des leds assez puissantes pour être vues depuis le sol. Hojun Song veut notamment lancer une loterie de chiffres aléatoires, générés grâce aux micro-ondes émises par le fond cosmique et enregistrées par l’appareil. Il envisage aussi une version du satellite munie d’encore plus de leds, qui permettrait d’avoir une étoile filante activable sur commande afin de pouvoir faire des vœux à la demande.

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