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Editorial mercredi 20 juin 2012

Le choc frontal

S’affichant en rempart de l’islamisme, comme au temps du raïs, les militaires affirment suspendre un processus démocratique mal engagé. Les torts sont pourtant partagés avec les Frères musulmans. Le monde arabe retient son souffle

L’heure de la confrontation entre les deux principaux acteurs de la politique égyptienne a sonné. Seize mois après la chute de Moubarak, l’armée est passée à l’offensive en dissolvant le parlement, en émasculant la présidence et en reprenant le contrôle de l’écriture de la Constitution. En face, les Frères musulmans, vainqueurs des législatives, donnés gagnants dans la course présidentielle par plusieurs grands médias égyptiens, contre-attaquent dans la rue. Les jeunes libéraux, à l’origine de la révolution mais divisés, sont pour ainsi dire hors-jeu, servant de faire-valoir à l’un ou l’autre camp en fonction des rapports de force.

S’affichant en rempart de l’islamisme, comme au temps du raïs, les militaires affirment simplement suspendre un processus démocratique mal engagé pour mieux remettre leur pouvoir aux civils le moment venu. Légitimés par les urnes, les Frères musulmans ne sont toutefois plus disposés à se plier aux chantages des casernes comme par le passé. Ils dénoncent un coup d’Etat. Le choc est désormais frontal.

Les torts sont partagés. Dépassée par l’ampleur de la victoire islamiste, l’armée bafoue l’Etat de droit revendiqué par les Egyptiens. Mais les Frères musulmans ont également renié leurs promesses en présentant un candidat à la présidence. Et leur sale jeu pour s’assurer la haute main sur la Constituante les a rendus suspects d’hégémonie.

Un compromis entre l’armée et les Frères est toutefois encore possible. Et c’est sans doute aux généraux de faire un geste, même symbolique, avalisant la victoire des islamistes acquise démocratiquement. Sans quoi une radicalisation de la confrérie à l’origine de l’islam politique arabe est à craindre. Les Frères musulmans, après une longue lutte de l’ombre contre Nasser, ont renoncé à la violence sous Sadate. Toujours réprimés sous Moubarak, ils se sont longtemps adaptés à l’autoritarisme avant d’opportunément se rallier à la cause des révolutionnaires. Si leur foi nouvelle dans les urnes devait être douchée, il est à craindre qu’une partie d’entre eux se convertisse à nouveau à la violence. Ce serait un signal très inquiétant pour tout le monde arabe.

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