Texte - +
Imprimer
Cerveau samedi 24 mars 2012

Les neurones sous tension

Petr Navratil stimule ses capacités cérébrales avec de faibles courants électriques

Le téléphone de Petr Navratil ne fonctionne pas. Pour lui parler, il faut télécharger ICQ – l’ancêtre des services de messagerie instantanée – sur son iPhone. Cela permet aussi au jeune Tchèque de s’aider d’un traducteur pour dialoguer en anglais. S’en suit une conversation un peu décousue sur ses projets de «brainhacking», qu’il décrit comme un mélange de neurosciences et d’ésotérisme.

Petr Navratil a arrêté des études de chimie après un an. «Je préfère faire mes propres recherches», commente-t-il. Aujourd’hui sans emploi, il peut y consacrer tout son temps. Au hackerspace de Prague, il travaille sur le rêve lucide ou la perception du corps par le cerveau. Petr Navratil pratique aussi la stimulation transcrânienne par courant continu (tDCS), qui consiste à placer deux électrodes sur son crâne pour doper certaines capacités cérébrales (LT du 30.12.2011).

La vie plus colorée

Il utilise les moyens du bord: un régulateur de tension, des piles, les résistances d’un vieux tube cathodique, l’interrupteur d’un jouet, des bouts de canettes de bière, des éponges et un vieux tapis de souris en guise de serre-tête. Grâce à la tDCS, il dit améliorer sa vision, ainsi que ses capacités de concentration et d’apprentissage. Les effets dépendent notamment du placement des électrodes. D’après les expériences du jeune homme, ils sont maximaux une demi-heure après la stimulation. «C’est comme regarder la TV en noir et blanc ou en couleur: ma vision est beaucoup plus colorée et précise, je remarque beaucoup plus de détails. Je suis aussi parvenu à faire baisser mon temps de réaction de 50% et j’ai l’impression d’être beaucoup plus concentré. Bien sûr, c’est subjectif.»

Si j’avais trois bras

N’a-t-il pas peur de se faire mal? «Il y a peu de risques, mais il faut en tenir compte. J’essaye de prendre toutes les précautions nécessaires.» Parmi les effets secondaires recensés, de faibles maux de tête et des démangeaisons où les électrodes sont placées. «Des brûlures ont été rapportées et il faut préparer l’interface peau-électrode avec soin», ajoute Petr Navratil. Ne craint-il pas de modifier quelque chose durablement? «Chaque expérience change votre cerveau de manière permanente», sourit-il via émoticône. Et, de toute façon, il a fait des choses plus risquées par le passé. Comme quoi? «Travailler avec des hautes tensions et des explosifs.»

Heureusement, certaines de ses expériences actuelles, comme celle qui consiste à donner au sujet l’impression qu’il a trois bras, ne requièrent que l’utilisation d’un miroir. Après une heure d’interview ICQ sur iPhone, on a vaguement l’impression d’en avoir quatre.

Texte - +