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Environnement mardi 18 décembre 2012

La «démodulation» doit réduire les écarts de débits du Doubs

Les administrations suisse, française et cantonales, et les exploitants des centrales hydroélectriques sont d’accord de modifier les pratiques pour que le barrage du Refrain absorbe les éclusées du barrage du Châtelot

Elle a pour nom «démodulation». Même si elle est considérée comme encore insuffisante par certaines sociétés de pêcheurs, c’est une mesure qui doit réduire les dysfonctionnements constatés sur l’emblématique rivière du Doubs.

Le 14 novembre dernier à Neuchâtel, les représentants des administrations fédérale, franc-comtoise, cantonales neuchâteloise et jurassienne, ainsi que les exploitants des barrages hydroélectriques qui se trouvent sur le Doubs franco-suisse ont convenu de tester, dès ce mois de décembre et jusqu’au printemps 2013, une technique susceptible de mieux réguler les débits de la rivière et, surtout, les écarts de débits.

Les deux principaux barrages, du Châtelot près de La Chaux-de-Fonds et du Refrain en aval, turbinent aux heures où la consommation électrique est forte. Donc, de manière irrégulière. Malgré un règlement d’eau adopté en 1969 qui l’exige, la coordination des activités des deux centrales hydroélectriques n’est pas bonne. Et c’est la rivière qui trinque.

Lorsque le barrage du Châtelot met en route ses quatre turbines et lâche ensuite l’eau, le niveau de la rivière peut grimper jusqu’à 1 mètre dans certains secteurs étroits. Ce n’est pas le pire. Les plus gros «dégâts» interviennent à l’arrêt des turbines, lorsque le niveau de la rivière descend rapidement, piégeant certains poissons, et notamment les alevins, dans des gouilles qui s’assèchent.

La démodulation doit permettre à la retenue d’eau du barrage du Refrain d’absorber les éclusées du Châtelot. Cela signifie que les deux centrales doivent harmoniser les heures et le niveau de production d’électricité. Dans un premier temps, il s’agit d’abaisser autant que faire se peut, jusqu’à 70 centimètres, le niveau du lac de Biaufond qui fait office de retenue du Refrain. Pour qu’il puisse ensuite contenir l’éclusée du Châtelot. Un essai «2 bis» a été réalisé le 14 septembre, qui fixe le niveau minimal du Doubs entre les deux barrages.

Les administrations suisse et française ont demandé aux exploitants des barrages de mettre en route le programme de démodulation dès ce mois de décembre, pour le tester jusqu’au printemps. Même si la gestion n’est pas encore entièrement automatisée.

Il s’agit d’avoir acquis suffisamment d’expérience pour utiliser le processus durant la période critique du printemps, «réputée sensible en raison de l’éclosion des alevins», précise l’administration fédérale.

L’objectif final consiste à rédiger un nouveau règlement d’eau, d’ici à fin 2013, qui «concilie la production d’énergie sur le Doubs et le bon fonctionnement de la rivière transfrontalière». Ce règlement précisera les détails techniques de la démodulation, ainsi que d’autres mesures, déjà en vigueur ou à déterminer, pour que la production d’électricité de pointe sur la rivière ne la mette plus en péril. Le Groupe E, qui exploite le Châtelot, a déjà pris des mesures: le débit résiduel a été augmenté de 0,25 à 2 mètres cubes par seconde. Il n’y a plus qu’une éclusée par jour. Les turbines sont arrêtées progressivement, sur un laps de temps de 2 heures 30 en période d’étiage.

La régulation du débit du Doubs, nécessaire pour permettre à la faune d’y vivre, constitue l’enjeu majeur d’un nouveau règlement qui devra être négocié ces prochains mois. L’accord obtenu pour la démodulation montre que les uns et les autres sont disposés à trouver un consensus.

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