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interview de la semaine samedi 12 novembre 2011

«Rubik n’est pas l’accord rêvé»

L’accord a au moins l’avantage d’éclaircir la situation, selon Antonio Palma

Le Temps: Quel est votre premier bilan de «Rubik»? Allez-vous ajuster vos estimations de revenus?

Antonio Palma: J’aimerais multiplier de tels accords. Un impôt libératoire à la source n’est pas l’accord rêvé mais il éclaircit la situation, tout en préservant la sphère privée des clients. D’ailleurs l’incertitude règne encore sur son application et c’est pénalisant. «Rubik» peut changer la vie d’une institution, mais en regard d’événements plus importants qui ont jalonné nos 200 ans d’histoire, nous nous sommes toujours adaptés, et la place financière suisse également. Nous avons une compétence extrêmement élevée, même si on peut admettre que le secret bancaire a été un «appel d’air».

– «Rubik» mettrait fin à une incertitude, mais l’Union européenne n’est pas convaincue…

– Même en Suisse, tout le monde n’est pas convaincu. J’ai aussi été étonné par le manque d’informations de certains parlementaires européens que nous avons rencontrés. Le dogmatisme est souvent prépondérant. Le fait que l’Allemagne et le Royaume-Uni aient signé un tel accord est pourtant la meilleure chance de succès. Nous avons conclu avec deux grandes puissances européennes dont on connaît la rationalité, le pragmatisme et le sens de la finance. D’autres pays sont réticents. Des politiciens français affirment par exemple que «Rubik» est une aide à l’évasion fiscale. Visiblement ils n’ont pas lu l’accord. Ils souhaitent que leurs concitoyens paient l’impôt? Avec «Rubik», c’est le cas. Que veulent-ils de plus? Les punir? Cela leur appartient, mais nous, nous ne sommes pas là pour punir les clients mais pour les aider dans le cadre d’un accord négocié.

– Reste l’accès au marché pour les banques suisses. Les accords sont encore flous sur ce point. Vous l’avez déjà dans les pays où vous êtes actifs notamment…

– Le fait d’être implanté ne constitue pas un véritable accès au marché. Notre filiale française a accès au marché européen, mais pas l’institution suisse. Concrètement, cela signifie que les gérants basés en Suisse ne peuvent toujours pas proposer à des clients en Europe d’ouvrir un compte en Suisse. Alors que l’inverse est possible. Nous n’avons donc pas de libres prestations de services transfrontières. C’est une lacune politique énorme. D’autant plus que si on s’est battu pour que les produits suisses puissent être vendus en Europe, on a oublié la finance. Les récents accords devraient améliorer la situation, mais cela ne sera pas suffisant.

– La Suisse a-t-elle un intérêt à signer un accord sur l’impôt libératoire avec la Grèce?

– Deux raisons peuvent le justifier: pour calmer le jeu et pour avoir un effet financier. Le premier point permettrait d’être plus transparent, certes. Mais sur l’aspect financier, qui a des chiffres? J’en ai entendu quelques-uns… comme 200 milliards d’euros. On peut pourtant faire une estimation plus réaliste. L’Allemagne estime elle-même à 200 milliards les avoirs de ses citoyens déposés en Suisse… alors qu’ils sont huit à dix fois plus nombreux que les Grecs! Evoquer le même chiffre est-il raisonnable? Les grandes fortunes sont par ailleurs plus nombreuses en Allemagne. En outre, les Grecs fortunés ont depuis longtemps une domiciliation fiscale hors de leur pays d’origine. Il serait donc intéressant de connaître le chiffre exact. Par ailleurs, quels sont les impôts que les Grecs paieraient? A ma connaissance, leur taux est plus faible qu’en Allemagne et en Angleterre. La baudruche risque alors de se dégonfler.

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