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médias jeudi 19 avril 2012

Vague de soutiens pour sauver World Radio Switzerland

La SSR envisage de supprimer sa station anglophone. La Genève officielle monte au créneau pour la défendre

La mobilisation s’organise pour empêcher la disparition de World Radio Switzerland (WRS), la radio anglophone du service public. La SSR, qui a repris WRS en 2007, envisage en effet de sacrifier la station sur l’autel de la «redéfinition de son offre de programmes».

Une menace qui n’est pas du goût de la Genève officielle. Selon nos informations, le canton a écrit mercredi aux instances de la SSR pour dire sa préoccupation. La chancelière d’Etat, Anja Wyden Guelpa, confirme: «Inquiet du processus d’évaluation en cours concernant WRS et après des contacts informels, le Conseil d’Etat a adressé ce jour un courrier à la présidence de la SSR pour insister sur l’importance de la Genève inter­nationale et affirmer qu’il est important de maintenir de bonnes conditions-cadres pour ses collaborateurs.»

L’existence d’une radio de service public en anglais fait partie des «conditions-cadres» que le canton veut continuer de proposer aux nombreux expatriés qui le peuplent. «Ce serait une vraie perte si WRS devait disparaître, estime le délégué à la Genève internationale, Olivier Coutau. Une radio anglophone de qualité, qui aide les internationaux à s’intégrer et à comprendre le pays, est un plus pour l’offre genevoise. Trente mille personnes travaillent dans les organisations internationales et utilisent l’anglais tous les jours.»

Le Conseil d’Etat genevois n’est pas le seul à monter au créneau pour défendre WRS. La Ville réagit aussi. «Je suis préoccupé par la perspective de la disparition de WRS, et je crois pouvoir m’exprimer au nom de la Ville, confie le maire, Pierre Maudet. Cette radio est importante pour Genève, la communauté anglophone et tous les internationaux. Je vais proposer à mes collègues du Conseil administratif d’envoyer un courrier au Conseil d’administration de la SSR pour soutenir WRS.»

Avant les pouvoirs publics, un autre acteur de la cité avait alerté la SSR: la Fondation pour Genève. «Nous avons écrit il y a une semaine à la présidence et à la direction de la SSR pour exprimer nos craintes et demander des explications», révèle son président, Ivan Pictet. Un courrier adressé en copie au Conseil d’Etat.

Ces trois initiatives s’ajoutent aux nombreuses réactions d’auditeurs de la chaîne. Selon les chiffres officiels (Radiocontrol), WRS comptait 72 000 auditeurs réguliers en Suisse. Sachant qu’il faut parler au moins une langue nationale pour faire partie du panel de Radiocontrol, les chiffres réels sont probablement bien plus élevés. Suffisamment en tout cas pour qu’une pétition, lancée il y a dix jours sur Internet, ait déjà recueilli 1200 signatures.

Et le sort de la radio anglophone ne préoccupe pas qu’à Genève. A Lucerne, le responsable de la promotion du Luzern Business Development, Patrik Wermelinger, envisage une action: «Nous avons remarqué que l’un des besoins des internationaux qui s’installent à Lucerne est d’avoir une radio en anglais et nous avons organisé un événement avec WRS en février dernier. Nous allons discuter avec eux du meilleur moyen de les soutenir. Si c’est une lettre qu’il faut faire, nous la ferons. Nous pourrions aussi considérer d’agir en concertation avec les acteurs nationaux de la promotion économique.» A Zurich, le directeur de la Chambre de commerce américano-suisse, Martin Naville, n’est pas en reste: «Vendredi passé, nous avons envoyé un mail à nos 3000 membres pour leur enjoindre de signer la pétition. J’ai aussi reçu beaucoup de courrier, je crois que ça bouge. Ce serait une erreur complète de la part de la SSR de supprimer cette station pour économiser 3 millions de francs.»

Le budget de WRS se monte en effet à 3,1 millions de francs, soit 0,2% du budget de la SSR (1,6 milliard). Mais ni l’importance relative de la station ni la multiplication des soutiens ne semblent infléchir à ce stade la position de la direction. «Je ne peux que redire ce qui a déjà été dit, explique le porte-parole de la SSR, Daniel Steiner. Plusieurs scénarios sont à l’étude, parmi lesquels figurent la suppression de WRS ou sa vente. Une décision sera probablement prise cet été.»

Le directeur de la chaîne, Philippe Mottaz, est-il inquiet? Il ne le dira pas, préférant «ne pas s’exprimer pour l’instant».

Contacté, le président de la SSR, Raymond Loretan, reste également prudent: «Le dossier est entre les mains de la direction générale. Nous aurons une première discussion lors de la séance de notre conseil d’administration le 27 avril, au cours de laquelle nous examinerons les interventions qui nous seront parvenues. Mais la décision ne sera pas prise à ce moment-là.»

Les auditeurs et les 19 collaborateurs de WRS patienteront donc jusqu’à l’été pour être fixés. En attendant, ils prennent leur mal en patience. «Les gens sont inquiets, bien sûr, mais ils continuent de travailler, glisse un employé de WRS. L’ambiance est moins délétère que ce que j’aurais pu imaginer. Parce que dans le contexte d’économies actuelles, nous savions que ces discussions auraient lieu.»

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