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Editorial jeudi 14 juin 2012

Le choc des justices

(AFP)

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L’Etat de droit, en Suisse surtout, est fait de procédures lentes. Les pays du Printemps arabe, qui savourent leur liberté fraîchement conquise, vont avoir le temps de méditer cet adage

L’Etat de droit, en Suisse surtout, est fait de procédures lentes. Les pays du Printemps arabe, qui savourent leur liberté fraîchement conquise, vont avoir le temps de méditer cet adage. Car il faudra sans doute plusieurs années avant qu’ils revoient la couleur de l’argent prélevé par leurs anciens dictateurs et leurs familiers. La Suisse a beau promettre de restituer ces fonds «aussi vite que possible», selon l’expression officielle, cela ne se fera pas sans recours, examen sourcilleux par les tribunaux et longs délais juridiques.

Cette lenteur est compréhensible et sans doute salutaire. Un Etat démocratique ne peut pas prélever l’argent d’un particulier, pour le donner à un autre pays, sans s’assurer que ses droits individuels ont été respectés. Maintenant qu’ils ont été renversés, personne en Occident ne conteste qu’un Ben Ali en Tunisie ou qu’un Moubarak en Egypte aient été des despotes peu recommandables. Mais cela ne veut pas encore dire que les nombreux membres de leur entourage qui possèdent des comptes en Suisse les aient alimentés par le népotisme, le vol ou la corruption. Ce point devra être prouvé, et c’est aux pays demandeurs d’y parvenir en menant l’enquête de leur côté. Le choc culturel entre des justices arabes sous-équipées, inexpérimentées, et des standards légaux helvétiques particulièrement exigeants promet d’être redoutable.

Pour la Suisse, l’enjeu politique de ces dossiers est majeur. Ils lui offrent une occasion unique de prouver sa bonne volonté et son savoir-faire dans la restitution de l’argent mal acquis des dictateurs, domaine dans lequel les places financières rivales ne brillent guère. Reste un problème de taille: certaines banques ont conservé comme clients des personnages «politiquement exposés» qu’une élémentaire prudence aurait recommandé d’éconduire. La volonté suisse de «transparence» trouve ici ses limites. Enquêter sur ces établissements ne semble pas être une priorité; et l’on attend toujours un rapport officiel nommant les mauvais élèves et détaillant leur comportement. Tant que ce ne sera pas fait, la Suisse aura du mal à convaincre le monde de son exemplarité.

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