Texte - +
Imprimer
Reproduire
année présidentielle lundi 28 décembre 2009

«J’ai l’impression d’être dans la position de Winkelried»

Propos recueillis par D.S. M. et B. W.

Doris Leuthard croit aux chances de l’accord de libre-échange agricole

Le Temps: L’accord de libre-échange agricole est très contesté sur le plan intérieur. Quelles chances lui donnez-vous?

Doris Leuthard: On a tendance à n’entendre que les voix critiques d’une partie de la paysannerie. Le secteur bio, la production intégrée, les producteurs de porcs, l’industrie agroalimentaire, Migros, Coop, les consommateurs soutiennent le principe du projet. Je comprends les paysans qui ont peur et vivent dans l’incertitude du lendemain. Or, si un accord à l’OMC aboutit, cela va effectivement diminuer leur revenu car ils seront confrontés à davantage d’importations sans augmentation du financement en contrepartie. J’aimerais dire à ceux qui innovent, qui font de la qualité et un bon marketing, qui maîtrisent les coûts de production, qu’un accord de libre-échange avec l’Europe peut être une chance à saisir. Même si 10% des consommateurs européens peuvent se payer des produits suisses, il s’agit d’un marché sept fois plus grand que notre marché national. Les producteurs bio, par exemple, verraient leur clientèle potentielle augmenter considérablement. Je reste optimiste, même si j’ai parfois l’impression d’être dans la position de Winkelried.

– Quand verra-t-on des résultats concrets de l’introduction du principe du Cassis de Dijon?

– L’entrée en vigueur aura lieu à mi-2010. Nous en sommes à la consultation sur les ordonnances, importante parce qu’elles concernent les exceptions. Nous pourrons faire une première évaluation au bout de deux ans.

– Votre lutte contre «la Suisse îlot de cherté» paraît toujours plus contestée…

– Il y a un malentendu. On prétend que je suis obsédée par les prix bas. Ce n’est pas le cas. Tous les projets que j’ai défendus visent à obtenir que, à qualité égale, un produit importé ne soit pas plus cher en Suisse que de l’autre côté de la frontière s’il n’y a pas de valeur ajoutée. Les produits suisses de qualité, méritent, eux, un prix bien entendu plus élevé.

– Le National est allé bien au-delà de ce que vous proposiez sur la réforme de l’assurance chômage. Ce projet a-t-il une chance devant le peuple?

– Le Conseil des Etats a encore du travail à faire. Le National est allé trop loin avec les jeunes, mais il reste une marge de manœuvre pour corriger ses décisions. Ainsi consolidé, le projet aura une chance devant le peuple. Quelle autre solution y a-t-il? Si la révision est refusée, l’automatisme inscrit dans la loi impose d’augmenter dès 2010 le taux de cotisation de 0,5% au maximum. Cela affaiblirait le pouvoir d’achat sans résoudre le problème structurel de l’assurance. Il faut encore préciser que ceux qui sont au chômage ne seraient pas touchés par les nouvelles dispositions prévues dans la révision.

Reproduire
Texte - +