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france jeudi 23 février 2012

Deux acquittés d’Outreau condamnés pour violences

Anna Lietti

Franck et Sandrine Lavier ont été dénoncés par leurs deux cadets, qui s’étaient réfugiés dans une ex-famille d’accueil. Ils avaient été lavés de l’accusation de viol, en appel, dans l’affaire d’Outreau

Ce n’était pas n’importe quel couple accusé de violences sur ses enfants. C’étaient Franck et Sandrine Lavier, des «acquittés d’Outreau ». Les yeux étaient donc braqués sur le tribunal de Boulgne-sur-Mer, qui a rendu, jeudi, un verdict clément: il a retenu les « violences habituelles » mais pas la « corruption de mineurs » contre le couple dont les deux cadets -10 et 11 ans-avaient fui les mauvais traitements en se réfugiant chez une ex-famille d’accueil.

Lors d’une perquisition, la police avait alors découvert des vidéos « festives » où les Lavier et des amis mimaient des actes sexuels devant leurs enfants. Ce comportement est moralement répréhensible, ont considéré les juges. Mais la volonté de corrompre les mineurs n’est pas prouvée. Les époux Lavier écopent d’une peine de dix et huit mois avec sursis et leurs amis des vidéos sont relaxés.

A l’issue du procès, en janvier, Me Emmanuelle Dehée, avocate des enfants, espérait que les adultes mis en cause seraient au moins reconnus coupables d’exhibitionnisme: «Mimer des partouzes en famille, c’était une habitude. Il n’y a chez ces personnes aucun respect de l’intimité des enfants.» Malgré tout, l’avocate se félicitait de voir cette affaire traitée « dans des conditions sereines ».

Les coups et les mauvais traitements subis par la fillette et le garçon Lavier sont, quant à eux, reconnus par leurs parents eux-mêmes. Les photos produites au procès montrent les blessures causées par des heures passées à genoux sur un balais en guise de punition. Des chambres aux lits défoncés et aux matelas trempés d’urine, sans poignée du côté intérieur mais munies de caméras de surveillance. Des clichés pour l’exemple, où l’on voit la petite fille avec une culotte sur la tête, souillée d’excréments.

La ligne de défense des Lavier a été d’expliquer qu’avant la fameuse affaire d’Outreau, ils étaient des parents comme les autres, mais que la justice a détruit le lien entre eux et leurs enfants. Lors de la mise en examen du couple, les enfants qui les accusent aujourd’hui avaient respectivement six et vingt mois. Placés dans des famille d’accueil, ils n’ont retrouvé leurs parents qu’à l’âge de 5 et 6 ans. « C’est long, mais cela ne justifie en rien ce qu’ils ont fait, commente Emmannuelle Dehée: si toutes les personnes placées en détention puis acquittées devenaient des parents maltraitants.. »

Franck et Sandrine Lavier ont aussi deux filles aînées, qui, au premier procès d’Outreau, ont accusé leurs parents de violences sexuelles. En appel, l’aînée s’est rétractée, puis a quitté sa famille d’accueil pour retourner chez ses parents. La puînée a maintenu ses accusations et n’a jamais voulu réintégrer le foyer familial.

Les Lavier avaient été condamnés en 2004 respectivement pour viol et corruption de mineurs. Puis, en 2005, acquittés avec onze autres adultes (sur dix-sept) lors d’un retentissant procès en appel qui fit du nom d’Outreau un synonyme de débâcle judiciaire. L’accusation s’était notamment effondrée sur la question d’un prétendu réseau pédophile international qui était apparu plus fantasmé que réel. Le fait qu’un certain nombre d’enfants aient subi des violence sexuelles, lui, restait établi: douze mineurs ont été reconnus victimes de viols, et pas seulement les enfants des deux couples condamnés.

Aujourd’hui, un certains nombre de personnes avancent la thèse selon laquelle le dossier d’Outreau n’est pas clos et que, dans la pagaille judiciaire de 2005, on aurait exagéré dans les acquittements comme on avait dans un premier temps exagéré dans les condamnations.

Un film est en préparation qui apporte de l’eau au moulin de cette thèse, défendue notamment par l’ancien ministre Pierre Joxe. Son réalisateur Serge Garde, pionnier des enquêtes sur la pédocriminalité, est également l’auteur d’un livre paru l’an dernier (LT. 01.09.11)

: il s’y fait le porte-parole du témoignage de Cherif Delay, l’aîné des enfants du couple le plus lourdement condamné à Outreau. Chérif Delay, sans citer de noms, maintient ses accusations initiales, qui portent, outre sur les personnes condamnées, sur sept parmi les acquittés. Il ne s’est jamais remis d’avoir passé pour un mythomane.

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