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Genève internationale samedi 25 février 2012

Un Britannique et un Français se disputent la direction du BIT

Le Britannique Guy Ryder et le Français Gilles de Robien sont les deux favoris pour remplacer Juan Somaviaà la tête du Bureau international du travail. Cette organisation emploie un millier de personnes à Genève. (Keystone)

Le Britannique Guy Ryder et le Français Gilles de Robien sont les deux favoris pour remplacer Juan Somaviaà la tête du Bureau international du travail. Cette organisation emploie un millier de personnes à Genève. (Keystone)

La course à la tête du Bureau international du travail a démarré. Une dizaine de candidats sont pressentis, mais un duel franco-anglais se dessine

Le duel entre le Français Gilles de Robien, ancien ministre, et le Britannique Guy Ryder, ancien dirigeant syndical, a commencé. Les deux sont candidats à la succession de Juan Somavia, 70 ans, qui dirige le Bureau international du travail (BIT) depuis douze ans. Ce dernier quittera ses fonctions en septembre, au milieu de son troisième mandat. Tandis que le candidat français a déjà effectué sa tournée électorale dans 22 pays, son concurrent direct mène sa campagne ces jours en Asie.

Le choix du nouveau directeur du BIT se fera le 28 mai, après une audition de tous les prétendants au poste le 30 mars. L’appel aux candidatures est ouvert jusqu’au 9 mars. Le directeur est élu par un collège de 56 pays, de 18 organisations patronales et d’autant d’organisations syndicales. Pour l’heure, seul Gilles de Robien, 71 ans, a déposé la sienne. Guy Ryder, 57 ans, a confirmé au Temps qu’il sera bel et bien de la partie.

De passage à Genève la semaine dernière, l’ancien ministre français ne cache pas son enthousiasme. Délégué du gouvernement français au sein du conseil d’administration du BIT, il dit mesurer l’ampleur des enjeux. Il veut faire de cette organisation le centre mondial de référence sur les questions du travail. «Non, ce n’est pas le cas maintenant puisque d’autres organisations comme la Banque mondiale et l’OCDE occupent aussi ce terrain», regrette-t-il. Il voudrait également une restructuration du BIT. «Si la confiance est restaurée, le problème de financement ne se posera pas», estime-t-il. Le budget 2012-2013 qui monte à 700 millions de francs, est en flux tendu. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont rogné sur leurs contributions, en doutant ouvertement de l’efficacité de l’organisation. Le BIT compte 3100 employés, dont un millier sont basés à Genève.

La France a déployé toute sa diplomatie pour porter la candidature de Gilles de Robien. A l’opposé, son principal concurrent l’ancien syndicaliste Guy Ryder ne sera pas adoubé par le gouvernement conservateur à Londres. Lié au monde du travail jusqu’à devenir le président de la Confédération syndicale internationale de 2006 à 2010, il affirme qu’il compte sur les contacts noués avec les organisations syndicales et patronales ainsi qu’avec les Etats au fil des années. Par ailleurs, le Britannique estime qu’il est le mieux placé pour comprendre les défis auxquels le BIT doit faire face. «Les pays industrialisés connaissent un taux de chômage élevé et rien ne présage une amélioration ces prochaines années, dit-il. Et le chômage des jeunes est encore plus préoccupant. Dans les pays en développement, le chômage et les mauvaises conditions de travail restent des problèmes endémiques. En Chine, le marché du travail peine à absorber chaque année 24 millions de nouveaux travailleurs, dont 7 millions de diplômés.»

Depuis novembre 2010, Guy Ryder a rejoint le BIT à Genève où il dirige la division «Normes». A son arrivée, on le disait dauphin de l’actuel directeur Juan Somavia. «Rien de tel», affirme-t-il.

Gilles de Robien et Guy Ryder qui évitent de commenter leur candidature respective, ne seront pas seuls dans la course. Le Sénégalais Assane Diop, 63 ans, ancien dirigeant syndical, ancien ministre de la Santé, puis du Travail, et à présent, directeur de la division «Protection sociale» au BIT brigue aussi le poste. Fort de sa triple expérience, cet outsider veut jouer la carte africaine. «Le continent connaît une transformation économique et sociale, ce qui fera de lui un moteur de l’économie mondiale à l’avenir, dit-il. Il est important que le BIT, accompagne ce processus. Normes, dialogue social, législation, travail indécent, tout fait défaut et tout est à construire. Je suis prêt à relever ce défi.» Selon une liste officieuse, sept autres candidats seraient aussi en lice.

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