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Cinéma lundi 13 septembre 2010

Le palmarès gênant de la Mostra

Quentin Tarantino. (Keystone)

Quentin Tarantino. (Keystone)

Quentin Tarantino prime son ex, son chouchou et son mentor

«Quentin Tarantino n’a pas de cojones», «Tarantino est un grand romantique…», «Le Lion d’or à un film timbre-poste», «Un Lion à l’ancien amour de Tarantino, deux Lions au chouchou de Tarantino, et un Lion au mentor de Tarantino…»: dès l’annonce du palmarès de la 67e Mostra de Venise, samedi soir, les réseaux sociaux ont frémi d’indignation. Non pas que Somewhere de Sofia Coppola soit indigne, ni même timbre-poste (LT du 06.09.2010). Ni qu’elle soit victime d’une fronde machiste: elle est la quatrième réalisatrice à décrocher le Lion d’or après l’Allemande Margarethe von Trotta pour Les Années de plomb en 1981, la Française Agnès Varda pour Sans toit, ni loi en 1985 et l’Indienne Mira Nair pour Moonsoon Wedding en 2001 – sans compter la Coupe Mussolini du meilleur film remis aux Dieux du stade de Leni Riefenstahl une des années, 1938, où le festival servait encore de vitrine à la cause fasciste.

Six ans après Cannes

Le sacre de Sofia Coppola serait honorable s’il ne s’inscrivait pas dans le contexte d’un palmarès grevé par un conflit d’intérêt dont le président du jury, Quentin Tarantino, est coutumier. Du moins ne fait-il rien pour lever le soupçon: en 2004 déjà, il avait fait froncer plus d’une paire de sourcils en décernant la Palme d’or de Cannes à ­Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, film produit par le même mogul qui accompagne tous ses films: le tout-puissant Harvey Weinstein. C’est dire que la fille prodige du grand Francis Ford se retrouve privée de tout mérite et que son Lion sonne plaqué or. Les festivaliers ont tôt fait de relier cette récompense suprême au fait que Sofia et Quentin avaient roucoulé jadis. Le lien a sauté aux yeux en raison des personnalités qui, dans le déroulement de la cérémonie, ont été récompensées avant elle: Monte Hellman qui fut le premier à mettre le pied de Tarantino à l’étrier au début des années 1990; Alex de la Iglesia qui signe son film le plus embrouillé, mais dont le président du jury n’hésitait pas à parler comme de l’un de ses chouchous…

Favoritisme

Autre reproche à Tarantino: le fait d’avoir lourdement insisté pour briser le principe qui veut qu’un film ne puisse pas cumuler les prix. Alex de la Iglesia en bénéficie. Jerzy Skolimowki également et de manière plus légitime tant son Essential Killing est puissant. Mais ce favoritisme, dont Tarantino a ensuite dû se défendre samedi soir et toute la journée de dimanche, renvoie à la maison, bredouille, tout un pan du cinéma qui s’était pourtant présenté à Venise sous ses plus beaux atours. Les compétiteurs français en particulier, le très sombre Vénus noire d’Abdellatif Kechiche et le très joyeux Potiche de François Ozon, tous deux loin de plafonner comme Sofia Coppola et ses déboires hollywoodo-hollywoodiens façon Lost in translation (en moins bien). Grâce à Tarantino, l’histoire de la Mostra compte aussi, désormais, son 11 septembre.

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