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Musique lundi 13 février 2012

Whitney Houston, soufflée

La chanteuse passée de la gloire aux confessions télévisées (AP/Keystone)

La chanteuse passée de la gloire aux confessions télévisées (AP/Keystone)

La diva soul et R & B est décédée au terme d’une décennie de descente aux enfers. La flamme de sa voix et son charisme avaient fait d’elle une légende du show-business

C’est une trajectoire d’adolescente qui chante pour Dieu, et de femme devenue la première «black princess» au royaume des années 1980, dixit Oprah Winfrey, chroniqueuse toute-puissante des mythologies de l’Amérique multicolore. La chanteuse Whitney Houston, 48 ans, a été retrouvée morte samedi après-midi, dans la baignoire de sa chambre d’hôtel de Beverly Hills.

Elle avait accordé en 2009 à la présentatrice de CBS l’une de ses dernières grandes interviews. Elle racontait la dépression et la cocaïne. Rendait les armes après presque dix ans d’exposition forcée et de scandales répétés dans les médias. Des aveux faits au coin d’un sourire éblouissant. La douleur concédée par-delà la classe d’une robe de sable gris. Une fragilité mi-théâtralisée mi-confessée. Et la dignité d’une silhouette un peu trop bien taillée pour masquer tout à fait le sommeil et l’appétit rongés par la célébrité et le talent, immenses. «Mon mariage est la seule chose sur laquelle je n’avais pas de contrôle. On peut devenir accro à l’amour.»

«Joyau du trésor national»

A l’heure d’un ultime opus, I look to you, qu’une Whitney émaciée et instable peinerait bientôt à défendre sur les scènes internationales, Oprah Winfrey tentait de faire ressurgir la superbe de la star. Rappeler la flamme, le charisme électrique, l’extraordinaire étendue des capacités vocales. «The Voice», «un joyau du trésor national des Etats-Unis». Une virtuosité soul et R & B qui puise aux sources du gospel, une conviction propulsée par des aigus à l’éblouissante facilité. A la lisière des années 1990, Whitney Houston est cet emblème solaire et rassembleur qui magnifie l’hymne américain à la mi-temps du Superbowl, un bandeau immaculé dans ses boucles sombres. Ses grands yeux de possédée tournés vers l’escadron d’avions de chasse qui paradent en toute-puissance au-dessus du stade.

Mainstream et minorités

Oui, avant Mariah Carey, Beyoncé Knowles ou Rihanna, Whitney Houston a su conquérir les territoires de la pop mainstream et rassembleuse en sa qualité d’artiste et de femme issue des minorités. En 1983, dans le sillage de la comète Jackson (elle a d’ailleurs assuré quelques deuxièmes voix pour Jermaine, l’un des frères de Michael), la jeune femme de 20 ans signe un contrat avec le patron d’Arista, Clive Davis, qui sera l’artisan de ses premiers succès. Deux enregistrements, baptisés successivement d’après son nom et son prénom, font des ravages dans les charts. Des albums vendus par dizaine de millions. Sept titres successivement au faîte des classements. La fille de la choriste Cissy Houston, biberonnée aux classiques du genre à l’église baptiste de Newark, mannequin à ses heures, gagne ses titres de diva absolue. Dès 1990, elle s’adjoint les services de L.A. Reid et Babyface, prodiges de la production qui savent catalyser les influences de la rue. Mais l’essentiel est ailleurs. Whitney Houston s’éprend du crooner hip-hop Bobby Brown. L’aura du bad boy la fascine, tout comme son caractère imprévisible, sa violence rentrée.

Histoire d’amour mixte

Très vite, l’alcool et la drogue scellent leur alliance, tandis que Mrs Brown-Houston fait ses premiers pas au cinéma et touche à l’apogée de son influence. The Bodyguard avec Kevin Costner, une histoire d’amour mixte à très grand succès, dont la bande originale contient l’imparable reprise de «I will always love you» de Dolly Parton.

Et puis, en 1998, Whitney Houston revient à la musique pure et dure pour ce qui restera comme son dernier grand succès. Tout ce que la nouvelle garde R & B compte de jeunes talents est là pour célébrer l’icône tout en lui garantissant une prise sur l’actualité: My love is your love aligne les featurings aux côtés de Wyclef Jean, Missy Elliott, Lauryn Hill ou Rodney Jerkins. Ce que la voix commence à perdre en élasticité et en rondeur, les équipements de studio le compensent en filtres et autres logiciels de traitement.

Stupéfiants

Tandis que l’industrie du disque célèbre des centaines de millions d’albums vendus, le timbre se voile au fil des apparitions, toujours plus rares. On parle d’anorexie, de violence conjugale, de maltraitance envers sa fille Kristina, de stupéfiants dont la possession lui vaut des démêlés avec la justice. Divorce. Cure de désintoxication. La sortie de I look to you devait être une triomphale rédemption. Mais les annulations de concerts et de piètres performances live écornées par la critique achèvent la descente aux enfers. Samedi, jour de son décès, Whitney Houston devait se rendre à une soirée organisée par son premier producteur, Clive Davis, en amont des Grammy Awards. Les causes de sa mort n’ont pas encore été élucidées.

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