Texte - +
Imprimer
scandale sanitaire mercredi 04 janvier 2012

Les prothèses PIP contiendraient un additif pour carburants

AFP

(AFP)

(AFP)

Un additif pour carburants figurait dans le gel des prothèses mammaires défectueuses de l’entreprise française PIP, au coeur d’un scandale sanitaire planétaire, selon RTL. L’avocat de PIP dément, tandis que les mails publiés par l’AFP alimentent la suspicion, et que les patientes concernées réclament de nouvelles analyses

Des révélations sur le gel des prothèses mammaires PIP, qui aurait contenu un addifif pour carburants, alimentaient lundi la psychose sur ces implants défectueux, tandis que des avocats de victimes réclamaient de nouvelles analyses à l’Afssaps.

Selon RTL, les prothèses de l’entreprise varoise Poly Implant Prothèse (PIP) contenaient un mélange de produits commandés à de grands groupes de chimie industrielle, sans que leur éventuelle nocivité ait fait l’objet de tests cliniques. Parmi eux, un additif pour carburants, le Baysilone, ainsi que le Silopren et le Rhodorsil, utilisés dans l’industrie du caoutchouc.

Contactée par l’AFP, l’Agence des produits de santé (Afssaps) n’a pas fait de commentaires dans l’immédiat.

Démenti de la société

L’avocat de Jean-Claude Mas, le fondateur de PIP, a démenti la présence de composants industriels. Ces révélations n’ont pas de sens, a-t-il dit à l’AFP. Il s’agit de produits alimentaires, utilisés dans la composition des produits de beauté, achetés auprès de Rhône-Poulenc et de ses concurrents.

D’après l’Afssaps, on savait qu’il s’agissait d’un gel impropre, utilisé dans l’alimentaire et l’informatique, a indiqué de son côté le médecin-conseil d’une association de porteuses d’implants PIP, Dominique-Michel Courtois. On ne pouvait pas penser que le gel ait pu contenir un additif pour carburants. C’est pourquoi on réclame des analyses de prothèses directement prélevées sur les patientes, a ajouté l’un des avocats des plaignantes, Me Philippe Courtois.

Des analyses à l’étranger sont aussi nécessaires selon lui, après la révélation d’un taux de rupture des prothèses plus élevé en Grande-Bretagne. Dans ce pays, où 40.000 à 50.000 femmes sont concernées, 250 d’entre elles ont porté plainte contre les cliniques qui ont implantées ces prothèses.

Les analyses de l’Afssaps, effectuées sur des prothèses saisies lors d’une perquisition dans les locaux de PIP en mars 2010, ont mis en évidence un gel non conforme, au pouvoir irritant mais non géno-toxique (sans altération de l’ADN des cellules), avec un risque élevé de rupture des enveloppes et de suintement du gel.

Des mails qui montrent un problème bien connu

Des échanges de courriels et des rapports émis au sein de la société, consultés par l’AFP, indiquent que le problème était connu depuis longtemps.

«Encore une ! Nouvelle rupture d’enveloppe gel implantée en 2003 (...) Toujours pas d’explications ?, Comment se fait-il qu’en ouvrant une boîte le chirurgien constate un trou, donc une fuite de gel ?, Si un problème d’enveloppe éclatait, je vous laisse deviner la suite, rapportent des commerciaux en 2005 et 2006.

Le chiffre d’affaires est plus important que la constitution des enveloppes, leur rétorque alors une responsable du marketing.

La justice soupçonne les dirigeants varois, en proie à des difficultés financières, d’avoir fait des économies sur la fabrication. Denis Boucq, chirurgien niçois qui a utilisé ces prothèses sur 240 patientes, a expliqué à l’AFP avoir cessé d’en poser en 2008 parce que la société ne suivait pas les innovations techniques.

Selon un ancien de PIP, l’enveloppe des prothèses avait aussi été modifiée pour n’utiliser qu’un seul composant, au risque d’accroître le taux de déchirure.

Nouvelles questions

Reste à savoir comment l’entreprise a pu contourner les contrôles. D’après ce que nous a dit un employé, le gel pour lequel PIP avait reçu une autorisation était stocké dans des cuves pour les contrôles, tandis qu’un autre, moins cher, lui était substitué dans la fabrication, avait expliqué un avocat à l’AFP en juin 2010.

En France, 20 cas de cancers ont été signalés chez des porteuses d’implants PIP, sans qu’un lien de causalité soit établi, et le gouvernement a recommandé le retrait de ces prothèses aux 30.000 porteuses.

Mais cette affaire a aussi une dimension internationale, avec 400.000 et 500.000 femmes potentiellement concernées dans le monde. L’entreprise PIP, en faillite depuis mars 2010, produisait en effet jusqu’à 100.000 prothèses par an, dont 84% étaient exportées, notamment en Amérique latine (Equateur, Brésil, Vénézuela, Colombie, Argentine...), en Espagne et en Grande-Bretagne.

Texte - +