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Santé samedi 25 février 2012

Mieux alimenter les animaux pour mieux nourrir les hommes

Dans un ranch du centre de l’Argentine. (Marco Brindicci/Reuters)

Dans un ranch du centre de l’Argentine. (Marco Brindicci/Reuters)

L’alimentation industrielle destinée aux animaux cause des crises répétées. Quelque 200 experts se sont réunis cette semaine à Berne pour renforcer la prévention

Manger de la viande ou des œufs ou du lait, ce n’est pas seulement manger de la viande ou des œufs ou du lait. C’est aussi absorber ce que les animaux à l’origine de ces produits ont eux-mêmes ingéré. Il est par conséquent utile de contrôler la qualité de la nourriture fournie aux bêtes qui entrent, d’une façon ou d’une autre, dans la chaîne alimentaire humaine. Et comme cette nourriture fait aujourd’hui l’objet d’un commerce international, il paraît raisonnable de vouloir opérer cette surveillance à un niveau global.

La question a été débattue toute la semaine à Berne par quelque 200 experts provenant de 45 pays. Il s’est agi notamment de déterminer dans quelle mesure de nouvelles prescriptions sur la nourriture animale devaient être insérées dans le «Codex Alimentarius», le recueil de recommandations alimentaires tenu depuis une cinquantaine d’années par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le problème est sérieux, comme le prouve la découverte répétée de produits nocifs dans l’alimentation humaine. De la dioxine repérée dans de la viande de porc en Allemagne l’an dernier à la mélanine décelée dans du lait en Chine en 2008, en passant par d’autres affaires moins médiatisées. «Ce qu’on peut donner à manger aux animaux est parfois très étonnant, confirme Eva Reinhard, sous-directrice de l’unité Moyens de production agricoles à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Bien sûr, il est économiquement tentant de transformer en nourriture les protéines issues de processus industriels mais cela n’est pas toujours indiqué sur le plan sanitaire. Il vaut parfois mieux détruire que recycler.»

Encadrer ces pratiques à l’échelle mondiale se révèle difficile. Il existe d’abord des différences d’appréciation sur le caractère, nocif ou non, de certaines substances. Les hormones, par exemple, sont mal vues en Europe mais pas aux Etats-Unis. Autre cas de figure: les organismes génétiquement modifiés, qui font l’objet de profondes divergences de vue, n’ont pas été inclus dans les discussions de Berne.

Les intérêts économiques en jeu sont ensuite colossaux. «La production annuelle mondiale d’aliments pour animaux se monte à 720 millions de tonnes, qui représentent quelque 300 milliards de dollars, souligne Eva Reinhard. Le Codex est un instrument sensible. Il se contente d’émettre des avis sans effet contraignant. Mais il est considéré comme une référence, notamment par l’Organisation mondiale du commerce, qui s’en sert pour résoudre certains contentieux. Chacune de ses modifications pèse donc lourd.»

La conférence de Berne n’est pas la première du genre. Elle est la sixième d’un groupe de travail intermittent, la Task Force on Animal Feeding (TF AF), qui a obtenu en 2004 l’adoption d’un code de bonnes pratiques. Ce texte requérant des prolongements, la Suisse a décidé de prendre la conduite des opérations… pendant deux à trois ans en fonction des résultats.

Ce nouveau cycle de sessions a deux objectifs principaux. Le premier est de mettre au point un guide permettant aux Etats de mieux évaluer les risques. «Notre domaine est complexe, explique Daniela Battaglia, représentante de la division production et santé animale de la FAO. Il est notamment nécessaire de suivre constamment l’évolution de la situation pour s’adapter à de nouveaux composants, comme ceux provenant aujourd’hui de l’industrie des biocarburants.»

Le second but de la conférence est d’établir des priorités parmi les dangers alimentaires recensés. Il s’annonce plus difficile à atteindre que le premier, dans la mesure où il risque davantage de léser les intérêts de certains pays ou de certaines entreprises. Eva Reinhard comme Daniela Battaglia assurent cependant que «même sur ce point» les discussions de Berne ont permis d’avancer. Cela dit, il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’un succès. Le verdict tombera entre 2013 et 2014.

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