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internet mardi 17 juillet 2012

Yahoo! appelle une star de Google pour se sauver

AFP

Marissa Mayer prend ses fonctions chez Yahoo! ce mardi. (Keystone)

Marissa Mayer prend ses fonctions chez Yahoo! ce mardi. (Keystone)

La première femme ingénieur de Google, Marissa Mayer, 37 ans, devra redéfinir la stratégie du moteur de recherche autrefois florissant mais en panne de croissance. Cette grosse tête passionnée de mode a aussi travaillé au laboratoire informatique d’UBS à Zurich

Le groupe internet Yahoo!, en panne de stratégie et de croissance depuis quatre ans, a annoncé lundi l’embauche d’une star de son concurrent Google, Marissa Mayer, au poste de directrice générale.

Mme Mayer, 37 ans, qui prend ses fonctions mardi, est la quatrième patronne de Yahoo! depuis que ce groupe phare de l’internet a repoussé une offre de rachat de Microsoft en 2008.

En 2009, Yahoo! avait remplacé son cofondateur Jerry Yang par Carol Bartz, recrutée chez les logiciels professionnels Autodesk. En début d’année, il a confié son redressement à un ancien du groupe de paiements en ligne Paypal, Scott Thompson, poussé vers la sortie en mai par un investisseur activiste, le fonds Third Point de David Loeb, après la révélation d’embellissements de ses qualifications sur son CV.

Depuis, c’est le patron de l’activités médias du groupe, Ross Levinsohn, qui avait pris les rênes à titre intérimaire et semblait bien placé pour rester.

Echos positifs

La nomination surprise de Mme Mayer, l’une des figures les plus connues du milieu de la high tech après 13 ans chez Google, a été finalement applaudie par plusieurs figures de la Silicon Valley.

Le président et cofondateur de Twitter, Jack Dorsey, s’est dit «super excité» pour le groupe et pour Mme Mayer. «Ils vont parfaitement ensemble. Félicitations Marissa!»

Même Eric Schmidt, président du conseil d’administration de Google, a tiré son chapeau: «Yahoo! a fait un très bon choix et je suis personnellement très enthousiaste à l’idée de voir une autre femme prendre la direction d’une entreprise de haute technologie. Meilleurs voeux à Marissa et à Yahoo!», a-t-il dit dans une déclaration communiquée par Google.

Mme Mayer rejoint le cercle encore restreint des femmes patronnes aux Etats-Unis, et dans la high-tech en particulier, avec Meg Whitman (Hewlett-Packard), Ginni Rometty (IBM) et Ursula Burns (Xerox). Sa nomination il y a trois mois au conseil d’administration du géant de la distribution Wal-Mart avait déjà signalé son influence.

Sur le fond, l’influent patron du fonds Andreessen Horowitz, Marc Andreessen, a jugé «très parlant de la part de Yahoo! de choisir quelqu’un qui est spécialisé dans les produits».

«Cela peut permettre à Yahoo! de redevenir novateur», a-t-il dit lors d’une conférence retransmise sur internet.

Mais Shar Van Boskirk, analyste chez Forrester Research, s’est inquiétée de voir Yahoo! prendre un énième virage : «Ils s’étaient concentrés sur le commerce avec Scott Thompson, ces dernières semaines sur la production médias (...) et maintenant j’ai l’impression que cette nomination signifie qu’ils veulent se concentrer sur les produits, comme la messagerie, les outils de gestion des publicités, etc.», a-t-elle dit à l’AFP.

«Cela ne correspond pas à la vision qu’ils ont essayé de faire passer ces dernières années», a-t-elle ajouté.

L’expérience de Mme Mayer porte sur le développement de produits, or «le défi pour Yahoo!, c’est qu’il a trop de produits», estime-t-elle. «J’ai peur que son expertise soit (...) précisément ce qu’il faut que Yahoo! réduise».

Marissa Mayer, 20e employée (et première femme) de Google en 1999, a été responsable du lancement d’une centaine de fonctionnalités et produits clé, pour le moteur de recherche, Google News, Google Maps et la messagerie Gmail, entre autres.

L’action Yahoo! gagnait 2,01% à 15,96 dollars dans les échanges électroniques après la clôture de la Bourse.

L’analyste Trip Chowdhry, chez Global Equities Research, a appelé à la prudence. «Marissa Mayer est quelqu’un de très intelligent, mais je ne crois pas que ça change grand chose», a-t-il dit à l’AFP.

Selon lui, «elle n’a pas le pouvoir d’apporter une différence», vu l’influence qu’exerce déjà le fonds Third Point, un investisseur activiste plus intéressé selon lui par le profit à court terme que par une stratégie à long terme.

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