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Vie numérique vendredi 24 février 2012

Nicolas Sarkozy, candidat numérique pas très Net

La Timeline controversée de Nicolas Sarkozy sur Facebook (DR)

La Timeline controversée de Nicolas Sarkozy sur Facebook (DR)

Un sondage de l’IFOP affirme que l’actuel président incarne au mieux la France numérique, à l’heure où des comptes Twitter critiques à son égard ont été fermés, et qu’on accuse Facebook de soutenir sa campagne

Rien n’est moins fiable qu’un sondage, paraît-il. Mais celui que vient de réaliser l’IFOP (Institut français d’opinion publique), entre le 19 et le 26 janvier auprès de 1006 internautes âgés de 15 ans et plus, reste particulièrement en travers de la gorge des défenseurs d’un Web libre et dénué de censure. Publié lundi, il affirme que Nicolas Sarkozy serait, de l’ensemble des candidats à la présidentielle française, celui qui «incarne le mieux la société moderne à l’heure d’Internet».

Les réactions n’ont pas tardé à se répandre dans la blogosphère. En cause : les récentes polémiques autour des méthodes mises en place par l’entourage du président pour maîtriser son image sur la Toile. Premier objet de controverse : une collaboration privilégiée entre l’Elysée et Facebook dans la mise sur pied du nouveau compte de Nicolas Sarkozy. Celui-ci, lancé le 10 février dernier, utilise à plein les nouvelles fonctionnalités de la «Timeline», ce journal biographique capable d’intégrer textes, images et vidéos dans l’optique de mettre en valeur la trajectoire de l’abonné.

Cette option est aujourd’hui proposée à tous les utilisateurs de Facebook, depuis le 15 décembre 2011. Seulement voilà : avec ces 700 photos qui s’agrandissent en un seul clic et ses nombreuses vidéos issues des archives de l’INA, la qualité de la Timeline de Nicolas Sarkozy laisse penser que l’équipe de communication du président a pris connaissance il y a plusieurs mois déjà des capacités du nouvel outil. Il semblerait même que Nicolas Princen, conseiller numérique à l’Elysée, ait bénéficié d’un conseil personnalisé auprès de la plateforme sociale dès septembre 2011, avant les autres candidats, et avant même que la Timeline soit présentée aux développeurs par Mark Zuckerberg, à la fin du même mois.

C’est du moins ce qu’affirme le journaliste Frédéric Martel sur le blog de L’Express, précisant que «selon une source fiable au sein de Facebook, l’entreprise aurait mis à la disposition de l’Elysée ou de l’UMP des conseillers pour prendre en main les nouvelles fonctionnalités - aide dont aucun candidat à la présidentielle n’a pu bénéficier.» A noter que cette Timeline, si elle fait bien état des enfants de Nicolas Sarkozy, se garde bien de mentionner les deux premières épouses du président, tout comme elle fait l’impasse sur l’Hadopi, Eric Woerth, Liliane Bettencourt ou encore les photos avec Khadafi ou Ben Ali.

Twitter, l’autre réseau social sur lequel s’investissent massivement les candidats, est également sous le feu des critiques des blogueurs. Le week-end dernier, plusieurs comptes à caractère parodique ou satirique à l’égard de Nicolas Sarkozy ont été fermés. Les comptes concernés sont @mafranceforte, @fortefrance @DehorsSarkozyet @SarkozyCaSuffit. Ces suppressions seraient conformes aux Conditions Générales d’Utilisation de Twitter (dites Twitter Rules), notamment quant à l’usurpation d’identité ou la parodie avec un compte comprenant le nom de la personne parodiée. Reste à se demander qui les a exigées. Sur la blogosphère, on évoque des plaintes émanant de l’UMP, de l’entourage du président, voire de Nicolas Princen lui-même.

Maigre consolation pour les partisans de la liberté d’expression : le sondage de l’IFOP sur la cote de popularité numérique ne crédite Nicolas Sarkozy que de 14%, devant 12% pour François Hollande, et 7% pour François Bayrou et Marine Le Pen. La réponse la plus donnée, avec un score écrasant de 49%, est «aucun d’entre eux». Eloquent.

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