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vie numérique jeudi 01 mars 2012

J’ai tiré la prise

(N.D)

(N.D)

Le récit de ma retraite numérique forcée

Sans aucun doute, je me considère comme un exemple caractéristique du jeune ultra-dépendant d’Internet: e-mails, Twitter, actualités, vidéos…, je consomme de tout, quotidiennement et à la pelle. Et ce, 25 heures par jour, via un iPhone qui use mes poches et un ordinateur qui alourdit mon sac. Mais serais-je déjà devenu «has been»? Après le «tout connecté», la retraite numérique est devenue tendance. Tout le monde en parle, partout, tout le temps. Même nous.

A la lecture de ces expériences et expertises, je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir un brin nerveux en imaginant un instant quitter le relatif confort 2.0. dans lequel j’évolue depuis quelques années. Allais-je subir, comme celui-ci, une attaque cérébrale? Comme celle-là, des crises d’angoisse? Allais-je au contraire, comme cet autre encore, «m’aimer à nouveau»?

Dans le cadre d’un récent voyage en Asie, j’ai eu fortuitement l’occasion d’expérimenter la vie sans Internet. Comme des centaines de milliers d’autres lieux dans le monde, le petit village de Batad, aux Philippines, n’a l’électricité que depuis peu. Et ne possède pas l’ombre d’une connexion internet. Alors que je m’y rendais initialement pour les balades mémorables que l’on peut faire dans les rizières environnantes, cela m’a également semblé une bonne opportunité de vivre hors la Toile.

Le résultat fut presque décevant. Ni angoisse, ni attaque cérébrale, ni manque physique. Au lieu d’aller lire mes e-mails, j’ai appris à jouer au «Chinese Poker» avec Ramon. Plutôt qu’une brève escapade sur Twitter, j’ai suivi des singes dans la jungle. Pourquoi dévorer l’actualité, alors que je peux boire l’eau rafraîchissante d’une cascade. Le seul moment où j’aurais voulu chercher une réponse sur la Toile, c’est quand j’ai cru voir une chauve-souris en plein jour – et que je me suis demandé: «Au fait, est-ce qu’elles voleraient en plein jour?» Mais c’est un désagrément bien relatif, vous en conviendrez.

Morale, je me suis rassuré en me disant que je n’étais pas encore (trop) dépendant au Web. Mais sitôt de retour dans ma routine, c’était reparti comme en quarante. La preuve, j’ai même oublié de me renseigner sur la vie diurne des pipistrelles.

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