Texte - +
Imprimer
Reproduire
déjeuner lundi 04 février 2013

Yannick Buttet, conservateur et fier de l’être

(Dessin original de Patrick Tondeux)

(Dessin original de Patrick Tondeux)

Le jeune conseiller national démocrate-chrétien est l’un des Romands les plus en vue de la classe 2011. Très attaché aux valeurs familiales et sociales, il est plus ouvert sur le thème de l’énergie

Il n’a pas hésité longtemps: ce sera le restaurant de la Treille, le café de Muraz, l’un des villages qui composent la commune de Collombey-Muraz, qu’il préside depuis le 1er janvier. En prenant cette fonction, Yannick Buttet a tourné le dos à sa précédente activité de chef de section à l’Etat du Valais et est devenu un politicien professionnel à 100%.

Le mandat de conseiller national, qu’il exerce depuis 2011, et celui de «maire» se complètent. La présidence d’une commune de 7800 habitants lui assure le contact avec la population, «indispensable pour prendre des décisions politiques qui tiennent compte de la réalité quotidienne des gens», affirme-t-il.

Ce contact, il l’entretient par exemple dans ce restaurant du Chablais, où il tutoie tout le monde. Il connaît bien le lieu et son histoire. Sans rien demander à personne, il se faufile dans le couloir qui donne accès à la cave, où l’on déniche un bel échantillonnage de la production vinicole valaisanne. «A la Treille, les spécialités, ce sont la fondue Diligence, avec de la crème chantilly et de la ciboulette, les croûtes au fromage ou le tartare. Va pour la fondue?» lâche-t-il. Va pour la Diligence. Pour l’accompagner, on a le choix. Ce sera un fendant des frères Bétrisey de Saint-Léonard.

Collombey-Muraz, c’est un peu sa famille élargie. Or, la famille est précisément l’un des principaux repères de ce démocrate-chrétien père de deux enfants, perçu comme un conservateur très attaché à ses valeurs. «Les valeurs, ce n’est pas très à la mode, mais elles sont très importantes pour moi, elles fixent un cadre à la société», acquiesce-t-il.

Dans son programme politique, il soutient l’idée d’une déduction fiscale pour les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants, comme le demande l’UDC. «Il faut laisser le choix aux familles. Il faut soutenir celles qui placent leurs enfants dans une crèche comme celles dont un des parents se consacre aux tâches éducatives.» Il approuve aussi l’initiative qui veut interdire l’éducation sexuelle à l’école et refuse le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe. «Je respecte les personnes, je ne juge pas, le débat sur ces questions ne me dérange pas. Mais ce sont à mon sens des positions égoïstes», commente-t-il sur le ton direct qui le caractérise.

Ne craint-il pas de froisser celles et ceux qu’il dit respecter? «Les militantes homosexuelles que je connais en Valais disent que je ne suis pas un vrai méchant», sourit-il. S’il partage certaines positions avec l’UDC, il tient cependant à garder ses distances. «On veut toujours ranger les gens dans des cases. C’est une erreur. On peut partager certains points de vue avec l’UDC sans se faire diaboliser», plaide-t-il.

A Berne, Yannick Buttet, qui n’a que 35 ans, est un des rares Romands à s’être rapidement fait un nom. Ses idées, que l’on partage ou non, sont sans équivoque. En octobre dernier, la Neue Zürcher Zeitung l’a rangé parmi les parlementaires les plus prometteurs de la classe 2011. Il le doit aussi à sa maîtrise de l’allemand, qui lui vient de sa formation militaire. «C’est essentiel si l’on veut exister à Berne comme Romand», diagnostique-t-il, alors que le caquelon débordant de chantilly et de ciboulette est déposé sur la table.

Cette spécialité du lieu fait dévier la conversation sur le Valais. Après la Lex Weber, la loi sur l’aménagement du territoire l’obligera à modifier des pratiques solidement plantées dans le terreau cantonal. Le Chablaisien ne nie pas qu’il y ait nécessité d’agir: «Je veux que mon canton reste beau, je ne veux pas qu’il soit mité, je ne veux pas des constructions partout. Si la LAT est acceptée sur le plan suisse le 3 mars prochain, ce sera difficile à court terme pour le Valais. Mais, à long terme, il tirera son épingle du jeu. Il doit sortir des clichés, mieux communiquer et travailler sur ses faiblesses. L’époque où l’on pouvait dire qu’on était maîtres chez nous et qu’on faisait ce qu’on voulait est finie. Le Valais doit renouer ses liens avec la Suisse. Nous avons tous le même destin.»

Ce destin commun passe aussi par la sécurité du pays. Major EMG, Yannick Buttet n’a pas souhaité siéger dans la Commission de politique de sécurité car il aurait été «juge et partie». Adepte d’une armée forte, il ne peut cacher sa perplexité face aux atermoiements actuels. Il se montre très sévère envers Ueli Maurer. «On ne peut pas avoir à la tête de la défense quelqu’un qui n’a aucune vision d’avenir et qui veut garder une armée du Moyen Age repliée sur elle-même. Il gère le dossier Gripen comme s’il s’agissait d’ache­ter le papier de la photocopieuse. Cela me désole», critique-t-il.

Crémeuse, la fondue s’est révélée légère. On va néanmoins sauter le dessert et passer directement au café. Le temps de s’intéresser à l’avenir énergétique. Conservateur sur les questions sociales, Yannick Buttet se revendique «progressiste» dans ce domaine. «Je défends une politique d’ouverture. Le Valais, avec le pompage-turbinage, la production hydroélectrique et le solaire, a beaucoup à apporter à la Suisse. J’ai encore de la peine à voir les délais et les processus de sortie du nucléaire. Mais il faut tenir compte de la réalité politique, qui exclut toute possibilité de construire une nouvelle centrale. Les milieux économiques sont trop passifs. Ils ne cherchent pas de solution et jouent la montre. Cela ne nous mène nulle part.»

Un dossier est, à Collombey-Muraz, particulièrement brûlant: Tamoil. Les dirigeants de la raffinerie brandissent des menaces face aux dépenses «disproportionnées» qu’on leur demande afin de respecter les normes environnementales (lire LT du 22.01.13). Yannick Buttet n’en a pas l’estomac noué pour autant. «Nous souhaitons que Tamoil maintienne ses activités ici. Il y a 270 emplois sur le site et de nombreuses entreprises gravitent autour de l’usine. Mais il y a des limites. La population n’est plus prête à tout accepter en matière d’environnement», avertit-t-il.

En quittant le restaurant, le regard est naturellement attiré par les fumées qui s’échappent des cheminées de la raffinerie. En montant dans sa voiture, le président de la commune conclut l’entretien sur une note optimiste: «Nous avons le sentiment que Tamoil teste les autorités. On peut discuter des délais, mais la société propriétaire devra s’adapter. Et je doute qu’elle veuille s’en aller: elle a investi près de 1 milliard ces dernières années.»

Reproduire
Texte - +