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euro mercredi 01 février 2012

Appels pour que l’UE n’oublie pas la croissance

Nombre d’économistes redoutent la rigueur renforcée au sommet européen de lundi

«Si l’on ne réconcilie pas, au niveau européen, la réduction de la dette avec la reprise économique, la victoire d’Angela Merkel débouchera sur une vague de colère anti-communautaire sans précédent.»

La prédiction est de Giles Merritt, patron du think tank Friends of Europe, très influent à Bruxelles. Elle donne le ton après le sommet européen de lundi, consacré à la croissance mais dominé par les questions institutionnelles et la dette grecque. «Le problème n’est plus, deux ans après le début de la crise des dettes souveraines, d’avoir plus d’Allemagne en Europe, mais de replacer l’Union dans la compétition mondiale», complète Dominique Moïsi, de l’Institut français des relations internationales.

Lors de leur réunion annuelle mardi à Bruxelles, les instituts d’études européennes les plus en vue ont tous appelé de leurs vœux un tournant stratégique en 2012 pour la zone euro. L’accord donné lundi par 25 pays sur 27 (la République tchèque a rejoint le Royaume-Uni dans son isolement) au futur Traité sur l’Union pour la stabilité, qui devrait être signé en mars puis ratifié dans la foulée par les Etats signataires, doit marquer un début, pas une fin.

L’appel lancé à Angela Merkel par le nouveau président (allemand) du Parlement européen, Martin Schulz, a été clair: «La priorité est de s’attaquer aux 10,4% de chômage dans la zone euro», a-t-il déclaré, estimant que la chancelière doit avoir le courage «dans les trois mois» de rouvrir le débat sur les euro-obligations dont elle ne veut pas entendre parler jusque-là. «Le risque est bel est bien, pour l’UE, celui de la décennie perdue», renchérit l’économiste germano-grec Janis Emmanouilidis, de l’European Policy Center.

L’emploi ne convainc pas

La déclaration sur l’emploi du sommet – qui préconise une réorientation des fonds européens pour l’emploi des jeunes et des aides à l’apprentissage – n’a convaincu personne. «Il faut des politiques ambitieuses d’investissement, y compris en Grèce, a défendu Martin Schulz, citant le développement de l’énergie solaire hellénique, et son transit via les Balkans vers l’Allemagne» comme une priorité.

Les analystes estiment que du point de vue économique, un des moteurs de 2012 pourrait être l’éventuelle défaite de Nicolas Sarkozy et l’élection à la présidence française de François Hollande. «Celui-ci peut former, avec Angela Merkel, un tandem qui allie discipline et politique de croissance, juge Janis Emmanouilidis. N’oublions pas qu’en Allemagne, les alliés libéraux de la chancelière sont en déroute et qu’elle doit se préparer à gouverner avec les sociaux-démocrates.»

L’autre pôle sur lequel le tournant européen peut s’arrimer, estiment les experts, est la Pologne. Son premier ministre, Donald Tusk, a bataillé pour obtenir que les pays destinés à intégrer la zone euro participent aux futurs sommets de celle-ci. Une ténacité saluée: «Varsovie estime comme Berlin que la question centrale est celle de la compétitivité de l’UE à l’horizon 2015», se félicite Dominique Moïsi. A condition de regarder dans la bonne direction: «Le modèle à suivre est peu ou prou celui des pays nordiques où l’Etat est plus modeste et plus honnête», souligne Giles Merritt. Et de conclure, en anglais: «It’s politics, stupid.»

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