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Corée du Nord mercredi 12 décembre 2012

Pyongyang réaffirme son «droit légitime» à lancer des fusées

ATS

L’information a été diffusée à la télévision par une présentatrice vêtue du costume traditionnel coréen, un hanbok de couleur rose. (AFP)

L’information a été diffusée à la télévision par une présentatrice vêtue du costume traditionnel coréen, un hanbok de couleur rose. (AFP)

La Corée du Nord a suscité l’ire de la communauté internationale après avoir annoncé, mercredi, le lancement de son satellite dans l’espace. En dépit des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, Pyongyang a assuré vouloir poursuivre son programme spatial

La Corée du Nord a assuré mercredi qu’elle poursuivrait son programme spatial, en dépit des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies dont elle conteste l’autorité en la matière. Pyongyang a ainsi réaffirmé son «droit légitime» à lancer des fusées à usage civil. «Peu importe ce que les autres disent, nous continuerons à exercer notre droit légitime à lancer des satellites», a déclaré un porte-parole du Ministère des affaires étrangères.

Cité par l’agence officielle du régime KCNA, il a insisté sur le caractère «pacifique» du programme spatial nord-coréen qui s’inscrit dans un plan général «de construction économique et d’amélioration du niveau de vie de la population». Il a critiqué les «forces hostiles» à Pyongyang qui contestent «le droit à utiliser l’espace à des fins pacifiques […] universellement reconnu par le droit international et qui reflètent la volonté unanime de la communauté internationale».

Réunion d’urgence à l’ONU

«Cette question ne relève donc pas d’un domaine dans lequel le Conseil de sécurité des Nations unies peut dire ceci ou cela», a ajouté le porte-parole, alors que les ambassadeurs des Etats membres du conseil devaient se réunir en urgence mercredi matin à New York. Le tir de fusée est perçu comme une menace directe par les Etats-Unis, qui ont dénoncé un acte «hautement provocateur» en infraction des résolutions 1718 et 1874 de l’ONU qui interdisent à Pyongyang toute activité nucléaire ou balistique.

Le porte-parole de la diplomatie nord-coréenne a mis en garde Washington contre une stratégie de «confrontation (qui) ne sera d’aucune aide pour résoudre quoi que ce soit». «Nous espérons que tous les pays concernés feront preuve de raison et garderont leur calme afin d’éviter que la situation ne prenne un tour indésirable», a-t-il dit.

Mercredi matin, l’agence de presse nord-coréenne KCNA annonçait le succès du lancement d’un satellite nord-coréen dans l’espace. Il s’agit d’une première pour la Corée du Nord qui prétendait posséder des missiles balistiques intercontinentaux capables d’atteindre le continent américain mais dont les précédents essais s’étaient soldés par des échecs. Pyongyang a confirmé en tout cas avoir lancé avec succès sa fusée qui a mis en orbite un satellite à usage civil.

Annonce «forte et triomphante»

L’information a ensuite été lue à la télévision par une présentatrice vêtue du costume traditionnel coréen, un hanbok de couleur rose. Assise devant un écran montrant le drapeau nord-coréen, la présentatrice a récité le communiqué officiel d’une voix forte et triomphante, lors d’«un programme spécial». «Le lancement de la seconde version de notre satellite Kwangmyongsong-3 depuis le centre spatial de Sohae […] le 12 décembre est réussi» et «le satellite est entré en orbite comme prévu», a précisé l’agence KCNA.

La Corée du Sud et le Japon, au nombre des plus virulents opposants au régime de Pyongyang, ont été les premiers à annoncer le tir de la fusée à 09h51 (heures locales), environ 01h50 heure suisse, depuis le centre spatial de Sohae, dans le nord-ouest de la Corée du Nord. Selon leurs premières observations, le premier et le deuxième étage du lanceur Unha-3 sont tombés en mer à l’ouest et au sud-ouest de la péninsule coréenne, le troisième à 300 kilomètres à l’est des Philippines.

«De nombreux paramètres déterminent le succès ou l’échec (d’un tir). Nous avons besoin d’informations supplémentaires des Etats-Unis parce que nos propres capacités sont limitées», a déclaré à la presse le porte-parole du Ministère sud-coréen de la défense, Kim Min-Seok.

Tokyo sur ses gardes

Le Japon, qui avait mis en alerte les Forces d’autodéfense (le nom de l’armée japonaise) afin qu’elles détruisent le lanceur ou ses débris s’ils menaçaient son territoire, a précisé que le lanceur était passé au-dessus de l’île nippone d’Okinawa douze minutes après son décollage. L’Archipel avait mis en batterie des missiles sol-air Patriot PAC 3 à Tokyo et sur l’île d’Okinawa (sud) et dépêché trois destroyers équipés de missiles d’interception SM-3.

Tokyo a dénoncé un tir «intolérable» et demandé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Malgré la forte opposition de la Chine, seule alliée de poids de Pyongyang, le Conseil de sécurité a déjà adopté deux trains de sanctions en 2006 et 2009 après chaque test nucléaire nord-coréen. Les résolutions 1718 et 1874 interdisent à Pyongyang toute activité nucléaire ou balistique.

«Le fait que la Corée du Nord ait procédé à ce tir est un important acte de provocation qui menace la paix et la stabilité de la région, notre pays compris», a justifié le porte-parole du gouvernement japonais, Osamu Fujimura, lors d’une conférence de presse. En Corée du Sud, le Ministère des affaires étrangères a aussi «vigoureusement» condamné le tir et dénoncé les «provocations» de la Corée du Nord. Mais Séoul se montrait prudente dans l’attente d’analyses complètes du tir.

L’attente domine à Washington

Les Etats-Unis ont, eux, «pris note» de ce tir et «surveillent la situation», a indiqué un haut responsable du gouvernement américain. Condamnation aussi du chef de la diplomatie britannique William Hague, qui devait convoquer l’ambassadeur nord-coréen à Londres.

Avant le lancement de mercredi, l’Union européenne avait également mis en garde Pyongyang contre un renforcement des sanctions internationales en cas de nouveau tir, mais la Chine avait systématiquement brandi sa menace de veto au Conseil de sécurité afin de limiter la portée des sanctions.

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